CONCOURS LONG THIBAUD

Le prestigieux Concours Long-Thibaud, fort de sa renommée internationale et de ses soixante ans d’existence, s’ouvre cette année pour la première fois à l’Art lyrique, en hommage à Régine Crespin. Rencontre avec le jeune tandem chargé d’organiser cette compétition internationale: Virginie Palu et Richard-Dimitri Bengler.

Pouvez-vous présenter le concours Long Thibaud en quelques mots à nos lecteurs ?

Le Concours a été fondé en 1943, en plein pendant la guerre, par Marguerite Long et Jacques Thibaud. Ils souhaitaient rassembler les pianistes et violonistes du monde entier, afin de placer la musique au-dessus de toute forme de conflit et transcender les clivages exacerbés de cette époque sombre de l’Histoire…Il y avait également un fort désir de contribuer à la révélation de nouveaux talents…

De quelle manière êtes-vous liés à ce concours ?

Richard Dimitri: Pour ma part, ayant débuté le piano très jeune, j’ai souvent entendu parler de ce Concours, présenté alors comme un objectif à atteindre… Puis j’ai pu y ajouter une dimension quasi affective, après avoir découvert l’enregistrement de la Finale de piano 1995, gagnée par Evelina Borbei, sans doute une des plus prodigieuses pianistes à l’heure actuelle.

Virginie: Comme tout apprenti pianiste, j’ai appris l’existence de ce concours très jeune. Lorsque j’ai habité Paris pour mes études, je me suis empressée d’aller voir le concours, l’accès y était très facile, on pouvait aussi l’écouter sur France Musique. J’étais impressionnée par tous ces tout jeunes talents que j’écoutais, certains n’avaient même pas encore l’âge de rentrer au conservatoire et arrivaient en finale devant des diplômées de conservatoire supérieur. Je n’ai jamais eu le mental d’un compétiteur, leur résistance et leur aplomb face à un orchestre, c’est-à-dire une masse de musiciens confirmés, me fascinait complètement. L’année dernière, lorsqu’une candidate que j’aimais particulièrement s’est présentée face à l’orchestre pour l’épreuve du concerto, mon cœur battait comme si j’étais à sa place. C’est une expérience humaine assez extraordinaire lorsqu’on suit toutes les épreuves.

Le concours existe depuis 1943. Selon vous, qu’est-ce qui fait sa pérennité ?

Virginie: Je pense qu’il faut avant tout se pencher sur l’histoire du concours, sur les personnalités de Marguerite Long et Jacques Thibaud qui rayonnaient au-delà de l’Europe. Evidemment la révélation immédiate de musiciens comme Samsom François (qui n’avait que 19 ans), plus tard Aldo Ciccolini ou encore Ivri Gitlis qui sont maintenant des monuments de l’interprétation a tout suite ancré le concours sous le signe de l’exception. Plus près de nous Svetlin Roussev (premier violon de l’orchestre Philharmonique de Radio France) ou Cédric Tiberghien dont la carrière n’est pas à préciser. Bien sûr, je ne suis pas exhaustive… Enfin le soutien et la reconnaissance de partenaires publics: L’Etat, L’Académie des Beaux Arts et la Ville de Paris n’ont fait que confirmer la qualité du concours, même si la Fondation est largement tributaire de financements privés.

Richard Dimitri: La grande qualité de l’équipe qui le dirige ! Plus sérieusement, je pense que ce Concours a toujours fait de l’excellence et de l’ambition ses principales prérogatives, n’y a jamais dérogé, et a pris des risques. Il a également su s’adapter et se diversifier face aux évolutions du marché musical, sans jamais renier ses valeurs.

Cette année, le concours prend un nouveau virage avec une épreuve consacrée à l’Art lyrique. Comment s’est fait ce choix ?

Il s’est fait sous l’impulsion du Président de la Fondation, Jean Philippe Schweitzer, qui souhaitait diversifier et ouvrir le concours à un public plus large.

Outre l’aspect financier, quels sont les avantages pour les lauréats ?

Richard Dimitri: Tout d’abord, je pense que l’aspect financier est assez secondaire et ce n’est sans doute pas ce qui motive le plus les candidats. L’opportunité fondamentale pour eux est de se produire en public, sur des scènes prestigieuses (Châtelet, Gaveau, Radio France…) et surtout, face à un jury composé à chaque session des plus éminentes personnalités musicales au niveau mondial… Ils savent, en se présentant à ce Concours qu’une arrivée en Finale leur garantira de très nombreux engagements tout autour du globe…

Virginie: La reconnaissance des pairs. Il faut mentionner que le premier grand prix est remis par l’Académie des Beaux Arts, ensuite le jury est constitué de très grandes personnalités du monde musical, le président du jury est le directeur de festival de Salzbourg, l’opéra de Vienne, de Zurich, Venise, le Festspiel de Beyreuth, le Métropolitan Opéra de New York, etc. sont représentés et je ne parle pas des opéras qui ont accueilli le concours pour les présélections. C’est une sorte de super casting pour les candidats pour lesquels il est difficile d’obtenir une audition. Ainsi, même s’ils ne sont pas lauréats du concours, ils bénéficient du privilège de pouvoir se faire remarquer par les jurés.

D’où vous vient cette passion pour la musique ?

Virginie: Je suis tout simplement tombée dedans lorsque j’étais petite ! Je n’ai jamais pu concevoir qu’elle ne fasse pas partie de ma vie….Je suis chanceuse, j’ai un métier passion….

Richard Dimitri: Plongé dans la musique quasiment dès la naissance, ce fut une évidence…

Quelle est la qualité que vous appréciez le plus chez l’autre ?

Virginie: Sa précision.

Richard Dimitri: J’hésite entre la sensibilité et l’humour !

Richard Dimitri, j’ai cru comprendre que la politique occupait une grande partie de ta vie…

Absolument ! Comprendre comment le monde marche, le lien entre l’économie et la finance, les nouveaux défis environnementaux que nous avons à relever mais aussi les sujets sociétaux me passionnent et me posent question depuis mon plus jeune âge, d’autant qu’il n’est jamais simple d’y apporter des réponses tranchées, et j’aime le débat, la confrontation d’idées et d’arguments… Je suis également convaincu par l’impact que peut avoir une action politique déterminée et juste sur le quotidien des gens… L’année Présidentielle sera passionnante et j’espère que les candidats amèneront les citoyens à voter en masse, à l’instar des deux finalistes de l’élection Présidentielle de 2007…

Quant à toi Virginie, peux-tu nous raconter ton expérience à ResMusica ?

C’était une merveilleuse expérience, j’ai commencé à travailler pour Resmusica lorsque j’étais étudiante, cela m’a offert l’opportunité de me nourrir de musique vivante, de travailler mon écriture…et de me faire de supers amis ! Je regrette aujourd’hui de ne pas pouvoir concilier les deux, mais travailler pour le concours demande beaucoup d’investissement et peu de temps libre.

La musique classique, le lyrique… ont souvent une image plutôt élitiste et sont assimilés à un milieu fermé. Comment pourriez-vous convaincre nos lecteurs que ce domaine artistique est accessible et n’a rien de « ringard » ?

Tout simplement en venant très nombreux aux épreuves du Concours ! Une ambiance à la fois sérieuse et joyeuse, raisons et émotions, avec beaucoup de surprises en perspective…

Quels sont vos projets à l’issue du concours ?

Virginie: Dormir ! Plus sérieusement, le concours de piano arrive à grande vitesse (sans parler du violon 2013), j’aimerais développer certains aspects du concours, Jean Philippe Schweitzer et les administrateurs m’ont fait confiance en me nommant Déléguée Générale, je veux être à la hauteur. Et bien sûr, il y a la part la plus agréable du métier: suivre le futur des lauréats, leurs engagements, etc.

Richard Dimitri: Commencer à préparer la session de piano 2012, avec de plein de nouvelles idées à concrétiser et m’impliquer le plus fortement possible dans l’élection Présidentielle…

Et enfin, sur du plus long terme, arrivez-vous à vous projeter ?

Virginie: Absolument pas ! Je suis plutôt une adepte du jour le jour, j’arrive difficilement à planifier un week-end, alors le long terme…

Richard Dimitri: Oui, mais je suis trop superstitieux pour en parler !

Les éliminatoires auront lieu à la Salle Gaveau les 31 octobre et 1er novembre, la demi-finale le 3 novembre à 20h et la Grande Finale le 5 novembre à 20h au Théâtre du Châtelet.

Pour plus d’information : www.concours-long-thibaud.org

Propos recueillis par Enrique Lemercier
Photographies : Pauline Darley et Maxime Stange
Merci à l’équipe du Chocolate Bar à Paris pour son accueil.

Article issu du numéro 7 de Pose Mag à découvrir ici !

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