INTERVIEW DE L’ACTEUR MEHDI NEBBOU

Mehdi Nebbou

Acteur national et international, Mehdi est né en France d’une mère allemande et d’un père algérien. A l’âge de 18 ans, il ne partira pas à Paris, comme tant d’autres, pour réaliser sa passion, mais à Berlin. En 1994, il intègre l’Académie du Cinéma pendant 5 ans et se destine à une carrière de réalisateur. La vie en décidera autrement… Un étudiant de l’école de Cinéma lui propose de passer des essais et il obtient l’un des rôles principaux. Le film « My Sweet Home » de Filipos Tsitos, qui lui vaut son premier rôle, fut le seul film allemand présenté en compétition au Festival de Berlin en 2001.

Il poursuit sa route, alternant les petits boulots en tant que technicien dans le cinéma, monteur de films documentaires et acteur dans différentes productions allemandes. En 2004, « Seeds of doubt » (Présumé coupable) de Samir Nasr remportera le Golden Gate Award (prix du meilleur film) au Festival de San Francisco, dans lequel l’interprétation de Mehdi y est remarquable. « Schläfer » de Benjamin Heisenberg, dans lequel il a obtenu le premier rôle, est encensé par la critique et remporte la section « Un certain regard », au Festival de Cannes en 2005.

Très vite repéré, le cinéma international lui ouvre grand ses portes. Steven Spielberg fait appel à lui pour son film « Munich », puis Hal Hartley le fait jouer aux côtés de Jeff Goldblum dans « Fay Grim ».

En 2006, le cinéma français lui offre son premier rôle dans « Truands » de Frédéric Schoendoerffer, aux côtés de Béatrice Dalle, Benoît Magimel et Philippe Caubère.

L’année suivante, il obtient le prix du Meilleur Espoir masculin 2007 en Allemagne, pour son interprétation dans « Teresas zimmer » de Constanze Knoche et ne cesse d’enchaîner les tournages.

En 2007 et 2008, il incarne un truand dans « Les liens du sang » de Jacques Maillot, un arnaqueur dans « Cash » d’Eric Besnard, un agent de la DGSE dans « Secret défense » de Philippe Haïm, puis Ridley Scott lui offre de jouer face à Leonardo DiCaprio et aux côtés de Russel Crowe dans « Mensonges d’Etat ».

En 2009, il interprète un homme souffrant de graves troubles de la personnalité dans le thriller « Magma » de Pierre Vinour.

En 2010, dans « Come Trovare… » de Salvatore Allocca, Mehdi tient le rôle principal de cette comédie romantique italienne, avant de plonger dans l’univers apocalyptique de « The coming days » réalisé par Lars Kraume. Puis, retour au thriller avec « Switch » de Frédéric Schoendoerffer avant le tournage, aux côtés de Diane Kruger, du film de Stéphane Rybojad « Forces spéciales ».

Toujours aussi sollicité en France et à l’international, Mehdi Nebbou est actuellement à l’affiche du film de Charlotte de Turckheim « Mince alors ! », aux côtés de Victoria Abril et Lola Dewaere, sorti le 28 mars. Le Dr Hachémi, responsable de la cure : c’est lui !

Il vient de terminer les tournages de « 13 rue mandar » (titre provisoire) d’Idit Cebula avec Sandrine Kimberlain, Richard Berry et Emmanuelle Devos, et de « Cookie » de Léa Fazer aux côtés de Virginie Efira et Alice Taglioni.

Il paraîtra prochainement dans « English Vinglish » de Gauri Shinde, une comédie romantique USA/Inde. A noter également, la sortie récente de « Tue-moi » d’Emily Atef et prochaine de « Clean » de Sylvie Michel.

Votre biographie laisse apparaître que vous aviez quitté Berlin, à l’âge de 20 ans, pour rejoindre Milan et apprendre le métier de menuisier, est-ce exact ?

Oui, oui. Après avoir été animateur dans un village de vacances en Toscane et fait du mannequinat à Milan, j’ai travaillé dans une entreprise de menuiserie. J’étais en charge des présentoirs en bois de préservatifs, destinés aux pharmacies. Je me suis lié d’amitié avec mon patron: un Geppetto talentueux. Lorsque j’ai décidé d’acheter un camping-car, parce que je n’avais plus de logement, il m’a aidé à refaire l’intérieur intégralement en bois. Le résultat fut surprenant, ça ressemblait à un bateau. Suite à quoi, mon patron m’a pris comme apprenti, pendant 18 mois. J’alternais alors mon job de menuisier avec celui de mannequin et palliais ainsi à mes finances entre ce métier d’artisan et des offres ponctuelles artistiques.

Etre acteur international vous oblige à avoir des agents dans de nombreux pays, non ?

International c’est un bien grand mot. J’ai eu quelques petites escapades chanceuses à l’étranger, mais la plupart du temps c’était surtout lié au fait que, depuis dix ans, les méchants dans les films sont des arabes. Ce fut totalement excitant de travailler dans des productions pareilles et de pouvoir vivre des expériences enrichissantes, humainement et artistiquement. Mais c’était aussi étroitement lié à la situation géopolitique mondiale actuelle, plus qu’au fait que je sois un acteur « international ». Les événements du 11 septembre 2001 et mes origines ethniques furent les raisons de toutes ces opportunités. Un concours de circonstances étrange m’a permis de trouver un agent en Angleterre, en Allemagne et en Italie. Il m’arrive encore de faire de toutes petites escapades ponctuelles dans des productions étrangères, mais je travaille le plus souvent avec mon agent en France. Le français est ma langue maternelle et on a la chance d’avoir une industrie cinématographique productive et variée.

Qu’est ce qui différencie un tournage français d’un tournage à l’étranger ? Le travail est-il le même ?

Oui le travail est le même. Aussi singulier que cela puisse paraître, il y a très peu de différence. Aux États-Unis, la taille des équipes est très impressionnante puisqu’elle est généralement composée de plus de 200 personnes. Alors lorsqu’on arrive sur un plateau c’est toujours très intimidant les premiers jours, mais on se rend compte qu’on fait tous le même métier. Quoi qu’il en soit, la notoriété des réalisateurs et acteurs n’échappent pas à la remise en question permanente, aux mêmes espoirs et aux mêmes doutes éprouvés. La seule vraie différence, me semble-t-il, réside dans la taille des budgets, mais également dans le fait que les productions anglo-saxonnes investissent, plus d’argent et plus de temps, sur l’écriture des scénarios. Ils engagent parfois une demi-douzaine de scénaristes qui travaillent les uns après les autres sur le même scénario. Cela peut donner des résultats étonnants de précision mais aussi parfois quelque peu surfaits, ça dépend !

Vous apparaissez dans de nombreux films d’action. Un choix personnel ?

Non, pas du tout ! Lorsque vous démarrez comme acteur, vous êtes heureux de recevoir des propositions de travail. Au début, on a tendance à dire « oui » à tout. Et si en plus ça vous permet d’en vivre, c’est une chance ! Avec le recul, on n’est pas toujours en accord avec tous les choix qu’on a fait, mais voilà, certains films on les fait par conviction, par amour du projet, et d’autres parce qu’ils tombent à pic et qu’il faut payer son loyer.

Au cours de votre carrière, vous est-il arrivé de rejeter quelques propositions ? Pourquoi ?

Oui, ça arrive. Plus on vieillit, plus on se rend compte que le temps passe vite et plus on a envie de beaux projets, de projets forts, avant qu’il ne soit définitivement trop tard. Alors oui, avec l’âge on devient plus exigeant. Le luxe de pouvoir refuser un projet est uniquement envisageable si on a de quoi payer son loyer. Pour résumer, durant les périodes difficiles on accepte tout et durant les périodes fastes, on peut se permettre de refuser.

Lorsque Steven Spielberg, Hal Hartley et Ridley Scott vous ont sollicité pour intégrer leurs projets, quelle fut votre réaction première ?

Je me suis senti comme un gosse qui rentre pour la première fois dans un parc d’attraction ! Pour Spielberg, tout s’est joué très vite… J’apprends que « Schläfer » de Benjamin Heisenberg est pris à « Un Certain Regard » au festival de Cannes. J’appelle mon frère Safy pour lui annoncer la nouvelle. Il me propose de lancer quelques invitations à des gens du métier pour la projection du film. Il apprend, le jour même, par le biais de son agent que Steven Spielberg est en plein casting pour son prochain film « Munich ». Mon frère me fait suivre l’info et me conseille d’adresser au plus vite un mail à la directrice de casting Jina Jay, ce que je fais. Dans l’heure, Jina me renvoie un mail et me fixe un rendez-vous à Londres pour le surlendemain, afin de passer des essais.

Quatre semaines plus tard, en plein festival de Cannes, le lendemain de la projection de « Schläfer », alors que je me trouvais dans un aéroport en attente de mon vol qui affichait 1h30 de retard, mon frère, qui vient d’apprendre l’heureuse nouvelle par son agent, m’appelle pour me dire que je suis retenu dans le film de Spielberg. Évidemment, j’ai cru à une blague… jusqu’à ce qu’il finisse par me jurer sur la tête de notre mère que c’était vrai. Là, j’y ai cru. J’ai crié « Yeeeeees !! » en plein milieu de l’aéroport. Les gens autour de moi se sont alors figés en se demandant ce que j’avais. Me sentant obligé de m’expliquer je leur ai dit que j’allais jouer dans le prochain film de Spielberg. Vu leurs têtes, je doute qu’ils m’aient cru.

Avec « English Vinglish » de Gauri Shinde, vous vous démarquez à nouveau, dans l’histoire du cinéma indien. Aucun rôle principal masculin n’a, jusqu’alors, été offert à un acteur étranger.

La chance… J’étais à New York pour assister à l’avant première de « Mensonges d’Etat » réalisé par Ridley Scott. Je n’avais jamais mis les pieds à NY, j’en ai donc profité pour arriver quelques jours avant l’événement. Un ami réalisateur italien m’invite, deux jours avant la première de Monsieur Scott, à la projection de « Gomorra » réalisé par Matteo Garrone. Après la projection, il y a eu un dîner et au cours de ce repas j’ai fait la connaissance d’une réalisatrice indienne Gauri Shinde. Elle me parle d’un début d’écriture de scénario, on échange nos mails en fin de soirée et voilà ! Trois ans après, je reçois un mail de Gauri me proposant de lire son scénario car il y a un rôle pour moi. Je lis, j’aime, je la rappelle pour lui dire que j’accepte et la remercie. La chance !

Quel rôle, encore jamais proposé, rêveriez-vous d’interpréter et avec quel réalisateur ?

Un travesti excentrique pour Almodovar

Un simple d’esprit pour Wes Anderson

Une tasse de thé dans un film de David Lynch

D’autres projets en cours ?

Très prochainement, on commencera en Italie, le tournage du film «Honeymoon » écrit par l’un des scénaristes de « Il était une fois en Amérique », réalisé par Salvatorre Allocca un jeune réalisateur de 29 ans, aux côtés d’Hafsia Herzi.

Parlons un peu de vous à présent !

Décrivez-vous en trois mots.

Enthousiaste, grande gueule, généreux.

Avez-vous une addiction particulière ?

L’Amitié et l’Amour

Le comble de la vulgarité.

La cruauté

Côté mode, vous êtes plutôt chic ou choc ?

Choc et Chic, ça dépend !

Vous partez en voyage, quels sont vos indispensables ?

2 ou 3 livres, quelques vêtements, une brosse à dents et un téléphone, mais pas sûr !

Quelle situation peut vous déstabiliser ?

Le manque de sincérité

La cause humanitaire qui vous tient le plus à cœur.

Le principe même d’aider l’autre est source d’espoir.

Votre plus grande fierté.

Ma fille

Question indécente… Êtes-vous un acteur comblé ?

Oui et Non ! J’ai beaucoup de gratitude face à la chance que j’ai croisée à plusieurs reprises dans ma vie, mais, il est vrai, que j’espère, aussi et encore, croiser des rôles originaux, fous, qui m’emmèneraient vers des lieux encore inconnus et qui me correspondraient peut être davantage. Je rêve, bien sûr, de pouvoir tourner avec et pour les réalisatrices, les réalisateurs, les scénaristes, les actrices et les acteurs que j’admire. Nous sommes nombreux, actrices et acteurs, à partager ce désir de rencontres magiques… Une rencontre qui vous convierait dans un univers fascinant, un rôle où vous vous surprendriez vous-même, un rôle que vous attendiez sans le savoir vraiment, et tout cela dans un film que vous allez aimer… Un rêve !

Toute l’équipe de POSE MAG vous invite à retrouver Mehdi Nebbou (Dr Hachémi), dans « Mince alors ! » de Charlotte de Turckheim qui, à travers sa réalisation, est parvenue à sublimer à l’écran l’autodérision !

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Propos recueillis par Armelle H.

Crédit photo : Cedrik Mirande

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