CINDY SHERMAN

Il y a quelques jours, j’étais en quête de nouvelles infos mode sur le web lorsque je suis tombé sur un article qui mentionnait le fait que la marque de cosmétiques MAC venait de dévoiler sa campagne mettant en vedette Cindy Sherman. Je me suis dit alors que c’était l’occasion idéale pour parler de cette photographe, dont j’ai étudié l’œuvre il y a quelques années.

Lorsque l’on est en plein dans la vie étudiante, on a souvent la fâcheuse habitude de se plaindre: trop de travail, pas assez de temps pour nous, cours pas intéressants, à quoi ça sert d’apprendre des choses comme ça, on ne s’en rappellera pas à l’issue de l’examen… Je ne vous cacherai pas qu’il m’est arrivé de penser la même chose.

Mais heureusement, il y a des exceptions, des cours qui sortent de l’ordinaire, des professeurs qui ont l’art et la manière de rendre leurs enseignements intéressants. C’est donc lors d’un cours consacré aux esthétiques contemporaines de la photographie d’information que j’ai entendu parler pour la première fois de Cindy Sherman. Et son univers artistique m’a tout de suite interpellé.

La particularité de cette photographe est de se mettre en scène dans ses propres clichés. C’est une sorte de caméléon qui se joue des stéréotypes féminins.

Elle collectionne les perruques, prothèses (de seins, fesses, nez…), accessoires et vêtements en tout genre. La photographe américaine, star de l’art contemporain, se métamorphose et s’utilise comme modèle, dans la solitude de son atelier et devant un miroir, parce que c’est plus pratique de ne compter que sur soi. Et lorsqu’on l’interroge sur l’impression qu’elle peut ressentir en voyant toutes ses facettes, elle déclare : « Je me dis que je peux mourir maintenant. C’est drôle et effrayant à la fois ».

Cette femme plutôt réservée, et définie comme tout à fait « normale » par son entourage et les personnes qui l’ont rencontrée, est un personnage paradoxale puisque dans ses photos, elle devient complètement extravertie ! Pour comprendre l’ambiguïté de la photographe, il faut revenir à son enfance.

Née en 1954 à Gen Ridge dans le New Jersey, à 9 ans, elle aime prendre des instantanés familiaux avec son appareil. Elle adore surtout jouer avec de vieux costumes et déguisements de princesse, piochés dans une malle. Elle étudie ensuite la peinture et réalise des autoportraits et des tableaux réalistes. Elle se fait remarquer lorsqu’elle sort déguisée, en femme enceinte par exemple. C’est un ami à elle qui va alors lui conseiller de garder une trace en photos de ses performances.

Plus que de simples autoportraits, le but des photos de Cindy Sherman est de critiquer l’image et le rôle assigné à la femme américaine moyenne des années 60-70. Mais son œuvre reste tout de même ouverte à de nombreuses interprétations.

Dans les années 1980, elle réalisa plusieurs séries provenant de commandes de magazines comme Vogue, Interview…

Il semblerait que les visuels utilisés dans la campagne pour Mac soient inspirés de sa série de photographies datant du début des années 2000, Clowns. Cette série était une sorte de réponse aux réactions américaines post 11 septembre 2001 : adopter une sourire forcé face aux événements en attendant des jours meilleurs.

Cette démarche, de se mettre en scène à travers des autoportraits, grimée, peut faire penser à une psychose comme la schizophrénie: modification de la personnalité, perte de contact avec la réalité, repli sur soi, fantasmes délirants ou hallucinatoires…

Mais on peut aussi surtout se demander si toutes ces photos ne sont pas l’écho d’images de notre monde, diffusées par la télévision, par la presse et par Internet depuis des années, vieux films noir et blanc, défilés de mode, société de consommation, exploitation de la femme dans la publicité, pornographie, voyeurisme, téléréalité, images de guerre, de cadavres, pantins politiques qui font l’actualité…

Seule Cindy Sherman a la véritable réponse, mais ce qui est sûr, c’est que Mac a réussi a faire le buzz avec un tel partenariat !

Enrique Lemercier

Découvrez ci-dessous un extrait d’un documentaire ARTE consacré à la photographe :



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