L’ÉVANGILE SELON SAINT DAFT

Cette allusion au Nouveau Testament permet-elle d’illustrer l’impact de ce groupe ? En tout cas, certains fans de la première heure en ont fait une véritable religion, avec ses dogmes, ses commandements et même ses controverses.

Pour comprendre pourquoi, il suffit de regarder ce que ces deux apôtres ont laissé derrière eux : des tubes, un look, des danses endiablées dans toutes les discothèques du monde, un mode de vie et surtout une notoriété décomplexée. A l’occasion de la sortie de la B.O. qu’ils ont entièrement composée pour le film des studios Disney : « Tron : l’héritage », et à travers les titres de leurs hymnes, chantés à tue-tête par toute une génération, je vous propose d’explorer ce que serait le florilège musical d’une fan de 2011, qui permettra de mieux appréhender les deux géants de l’électro, j’ai nommé : Guy-Manuel de Homem-Christo et Thomas Bangalter, alias Daft Punk.

Something About Us (Discovery, 2001)

Qu’est-ce qui fait l’originalité du groupe ? Deux Parisiens casqués et affublés de tenues de cuir mixent depuis maintenant près de quinze ans dans le monde entier. A chaque concert, à chaque album, c’est l’émeute : le sacro-saint Graal revient. Avec de simples synthétiseurs, une boîte à rythme et un sampleur, ils ont su conquérir la planète et devenir les maîtres de la French touch. A défaut de riffs de guitare et de solos de batterie qui font secouer les cheveux de certains à leurs débuts, le duo choisit de faire danser les gens sur ce son d’un nouveau genre, dilué à l’underground et à la house de Chicago des années 1980.

Aussi bien influencés par the Stooges, MC5 (groupe punk américain des années 1960), que par Jimi Hendrix, Elton John et Serge Gainsbourg, ils réunissent tout le monde en proposant des remix de morceaux funk, soul accompagnés de paroles scandées à l’infini, qui peuvent aussi bien refléter la société des jeunes de leur génération que les images d’un monde intergalactique imaginaire.

Le succès immédiat du groupe a d’ailleurs suscité des vocations, comme en témoigne un des membres du groupe Buffalo Bunch, Raw Man, qui raconte : « un jour Paul (un autre membre du groupe) est revenu avec Homework et là j’ai complètement bloqué sur Rollin’& Scratchin’. Du coup, Paul et moi avons commencé à faire de la musique électronique ». L’envers du décor que beaucoup ignorent, c’est que le duo a utilisé à plusieurs reprises des samples (motifs musicaux répétés) de vieilles chansons passées inaperçues, parfois sans les modifier… Cela donne Harder Faster Better Stronger, Crescendolls, Digital Love et bien d’autres. Plagiat ou idée visionnaire ? La question reste ouverte, mais une chose est sûre : malgré cela, leur talent est bien réel. Tout le paradoxe des Daft Punk réside en réalité dans leur signature sombre, énigmatique et populaire.

Rollin’ & Scratchin’ (Homework, 1997)

Lors de leur fameux live à Bercy en juin 2007, une pyramide trône sur la scène, illuminée, imposante, impressionnante. Elle donne l’impulsion au groupe, et offre une autre dimension à sa musique, comme si l’on pouvait voir le son… Bien que leurs live se fassent rares, lorsqu’ils jouent en concert, c’est un véritable événement. Voici, pour les néophytes, quelques lumières sur le matériel utilisé à cette occasion.

Le concert est géré grâce au logiciel Ableton Live, qui est un outil permettant la composition et l’arrangement. C’est un des logiciels les plus utilisés par les DJ pour la musique assistée par ordinateur. A côté des écrans en haut de la pyramide, il y a 4 Minimoogs Voyager, qui sont des synthétiseurs analogiques monophoniques qui ont un design qui date de plus de trente ans. Avec eux, on peut mixer, faire des distorsions, transposer plusieurs sons.

A l’intérieur de la pyramide, les synthétiseurs et autres contrôleurs de son sont connectés au reste de l’équipement audio et aux ordinateurs qui sont montés sur  « racks » (bâtis très souvent métalliques à tiroirs ou glissières recevant les coffrets d’appareils souvent électroniques ou informatiques) derrière la scène. Tous les équipements, lumières, vidéos, construction de la pyramide, pour chaque concert, sont montés et gérés par une équipe d’environ dix personnes, incluant le groupe.

Human after all (Human after all, 2005)

Avec toujours cette volonté d’aller à contre-courant, le groupe souhaite se donner une image originale: celle de deux robots, avec leurs casques sortis tout droit d’un mélange entre les power rangers et les « bikers » américains. Au début, il n’hésite pas à faire lui-même son look en allant dans des boutiques d’équipements auto-moto. Puis, par le biais de rencontres aussi bien professionnelles que personnelles (notamment Pedro Winter, manager et ami du groupe de 1996 à 2008 et directeur du Ed Banger Records), le duo trouve celui qui l’aidera dans la direction artistique de leur deuxième album, Discovery, et qui créera les costumes qu’il porte aujourd’hui : Hedi Slimane, directeur artistique de la maison Dior et Yves Saint-Laurent pendant plusieurs années.

Television rules the nation (Human after all, 2005)

Que ce soit dans la musique ou au cinéma, le groupe est doué et prolifique. Rien que pour eux, Michel Gondry (Eternal sunshine of the spotless mind, La science des rêves), Spike Jonze (Dans la peau de John Malkovich) et Leiji Matsumoto (dessinateur de la série Albator) réalisent leurs clips, qui restent emblématiques, que ce soit avec Da Funk, leur premier single, et son décor new-yorkais assorti d’un protagoniste à tête de chien, ou bien avec Interstella 5555, film d’animation mettant en scène un groupe de rock aux traits de mangas, à bord d’un vaisseau spatial.

Dans un autre registre, en 2006, Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem-Christo ont trouvé dans le cinéma un moyen d’expression radical et libre où la musique se substitue aux mots. A défaut d’être devant la caméra, le premier s’est occupé du cadre et le second de la photo. Le film a gagné sa petite réputation en étant projeté tous les samedis soirs à minuit dans une salle de cinéma parisienne (Le Panthéon).

Finalement, on se rend vite compte que la B.O. de Tron : l’héritage n’est que l’aboutissement d’un travail minutieux sur le visuel et l’animation. Les compositions du groupe prennent en effet le plus souvent la forme de bande-son et deviennent complémentaires d’un univers robotisé et déjanté.

The Brainwasher (Homework, 1997)

Non, les Daft Punk ne veulent pas de lavage de cerveau, au contraire, ils évitent gentiment les maisons de disque multinationales avec leurs contrats juteux, pour créer leurs propres labels, Roulé pour Thomas Bangalter, Crydamoure pour Guy-Manuel de Homem-Christo, dès le milieu des années 1990 et produisent seuls leurs compositions. Dans une des rares interviews du groupe, avant même la sortie de leur premier album, ils confient leur technique de diffusion bien à eux : ils enregistrent leurs morceaux dans leur petit home studio de fortune avant de faire graver les CD à Londres, puis de les faire presser en France, et enfin impriment les pochettes et les confient à des distributeurs français qui les exportent dans le monde entier.

Référence essentielle de l’électro française, Daft Punk a ouvert la voie à d’autres formations musicales, telles que Justice, qui s’inspirent largement de leurs prédécesseurs, et à un engouement général des jeunes qui dansent convulsivement dès les premiers sons de leurs tubes. Surtout, ils ont montré que tout était possible avec de la volonté, du travail… et un talent certain pour caresser les vinyles.

Mary-Lou Oeconomou.

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