RIDICOOL, HIPSTER, VERS UNE AUTRE ESTHÉTIQUE DE SÉDUCTION

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Sous l’égide sécuritaire de la crise qui n’en finit pas et qui a bon dos, on a vu apparaître depuis quelques saisons nombre de micro tendances tendant vers l’humour. Mode et humour, mariage improbable ? Soit, et risqué.

Habillée pour une soirée Parisienne, dans ma robe en dentelle noire et mon cardigan bordeaux, sécuritaires eux aussi, je grimace. Au mieux, on parlera de « fantaisie ». Au pire, d’autodérision. Autodérision ok, mais autodérision + mode ?

Il y a bien eu JC/DC, ses robes Bambi et ses escarpins Mickey. Il y avait Jeremy Scott, ses robes Snickers, puis ses bijoux en plastiques façons jouets de bricolage, ses nœuds à cheveux « os » façon Pierrafeu. Il a réussi à faire des Adidas avec des têtes de nounours que  Betty a adoptées. (<3 Bella si tu me lis). En 2008, le lauréat du festival de Hyères, Jean-Paul Lespagnard conquit le public avec son espiègle histoire d’employée de fast-food suivant un cow boy dans son Texas originel à coups de chaussures cornets de frites.

Quantités d’articles titrent « Le ridicool ne tue pas », oui mais quand même.

Dans la vraie vie, rue Tiquetonne, des hipsters paradent toute la sainte journée.  On a observé le retour du jacquard, considéré jusqu’à il y a quelques mois comme un comble de la ringardise et passé aujourd’hui  incontournable, culte. Il y a le phénomène aussi surnaturel qu’innatendu du t-shirt « three wolves moon ». Suite au commentaire d’un internaute dont le t-shirt aurait changé la vie, les ventes augmentent de 2300% et le t-shirt ringard devient numéro un des ventes sur Amazon. Les fabricants, d’abord agacés par ce succès moqueur, ont affirmé vouloir « lancer la mode ironique ».  Cela parlera surement davantage aux Parisiens. Il y a eu aussi Katy Perry débordante de chantilly et crèmes glacées et surtout Lady Gaga.

Chanteuses pop/performeuses extrêmes, enfants du surréalisme ? Il serait difficile d’affirmer que Lady Gaga en est l’héritière. Mais quand Anna Dello Russo, Daphné Guiness ou Isabella Blow assument un homard à paillettes autour du cou ou des cerises géantes sur la tête, nous ne sommes pas si éloignés des créations de l’époque d’Elsa Schiaparelli alors largement influencée par le travail de Dali et Picabia. Des excentriques au sens de l’humour.

Mais alors, ridicool, mauvais gout ?

« L’influence de la mode est si puissante qu’elle nous oblige parfois à admirer des choses sans intérêt et qui sembleront même quelques années plus tard d’une extrême laideur. » Gustave Le Bon,  Les Opinions et les Croyances. C’est ce qui s’est passé pour le jacquard, le slim, le legging et tant d’autres. Nous les avons aimé ou nos parents avant nous, puis détesté. Une question de bon timing. Le malicieux tumblr dadsaretheoriginalhipster nous rappelle à travers des photos d’anonymes –non datés mais pourvues de ce charmant filtre posé par le temps- que nos parents aussi portaient la barbe, des vestes en jeans et des lunettes à grosse montures.

A la recherche d’un nouvel idéal esthétique ?

C’est là que se situe la frontière entre les gens qui suivent la mode, et ceux qui osent : qui osent y aller à fond, qui osent le total look, et n’ont pas peur de la dégaine marcel-bretelles short-chaussettes, casquette de cycliste et sac à dos en cuir old school. On lit souvent que le hipster serait un bobo –blanc alternatif- avec dix ans de moins. Esthétiquement –et socialement-  il n’en est rien et c’est ce qui nous intéresse ici. D’un point de vue purement animal, est ce que le hipster séduit ? Et qui ? Ca ne serait pas le premier à adopter une esthétique éloignée de l’idéal de séduction commun, beaucoup l’ont fait avant lui : il n’y a qu’à croiser les jeunes à Bastille.

Une mode régressive : une valeur refuge ?

Ce qui est intéressant que l’on parle de ridicool ou de hipster, c’est de souligner qu’il ‘agit de mode pour les adultes, par les adultes. Nous ne sommes pas ici dans un schéma de tendance « crise » éphémère d’adolescent en proie à une lubie régressive comme c’est souvent arrivé : au collège, dans les années 2000 il y a eu la mode des hoodies fluos Disney, puis des « totottes » accrochées à ces clés ou son Eastpack. Nous sommes ici face à de jeunes adultes qui sont déjà passés par les fautes de goûts liées à la jeunesse.

Le Nouvel Obs annonce la fin du mouvement et charge la nouvelle génération de trouver « un nouveau moteur, d’autres cultes et une nouvelle esthétique pour exister ». Et de conclure « On n’a pas fini de se poiler ».

Vanessa Montalbano

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