UMP UN UNIVERS IMPITOYABLE

Jean-Baptiste Marteau Neila Latrous

Journaliste à LCI et Sud Radio, présentateur des matinales week-end, Jean-Baptiste Marteau reçoit régulièrement les acteurs de l’actualité, hommes politiques et éditorialistes. Comment ne pas s’inspirer de tout ce petit monde pour écrire, avec la collaboration de Neila Latrous, journaliste à TF1 et LCI, cet ouvrage intitulé « UMP Un Univers Impitoyable » Ed. Flammarion, sorti le 18 Janvier 2012.

Un pari osé, certes, mais réussi, teinté d’anecdotes diverses et nous mettant en scène le monde politique dans un cadre digne d’un méga show à l’américaine. Quelle orchestration ! Quelle stratégie !

De François Fillon à Jean-François Copé, en passant par les jeunes pousses de l’UMP, tout le monde semble mobilisé derrière Nicolas Sarkozy. Voilà pour le message officiel. L’envers du décor est bien différent.

C’est une génération prête à tout pour avoir sa place sur le devant de la scène. Le devant de la scène politique, bien sûr, mais aussi et surtout médiatique.

 UMP Un univers impitoyable

Qui de vous ou Neila a évoqué ce projet et sollicité la collaboration de l’autre ?

JBM / Nous nous connaissons depuis des années, bien avant LCI. Tous les deux passionnés de politique, nous avions chacun envie d’écrire. Alors, en novembre 2010, je suis allé voir Neila pour lui proposer un projet de livre qui n’avait rien à voir avec « UMP un univers impitoyable ».

NL / Nous nous sommes rapidement aperçus que rien n’avait été écrit sur l’UMP depuis plus de 10 ans. Il y a eu plusieurs livres sur des personnalités, mais rien sur le parti. C’était d’autant plus intéressant de le faire maintenant, que la succession de Nicolas Sarkozy est déjà ouverte. Que le Président sortant soit ou non réélu en mai prochain, chacun avance ses pions pour 2017.

Pas facile de prôner l’objectivité lorsqu’on aborde un sujet aussi épineux et lorsqu’on reçoit tant de politiciens sur son plateau ?

JBM / C’était à la fois notre plus gros défi et notre plus grosse crainte : faire un livre irréprochable sur le fond, béton sur les infos. Il fallait absolument que ce ne soit ni un brulot, ni un livre complaisant. Vu les premiers retours, je pense que nous y sommes parvenus.

NL / Ca nous fait particulièrement plaisir de voir certains protagonistes du livre nous dire « vous n’êtes pas tendres, mais tout ce que vous dites est juste ». C’est la critique qui nous fait le plus plaisir. Un ministre a même trouvé que nous étions presque trop gentils par moment !

Scène politique et scène médiatique se confondent, à quelques mois des élections. Nous assistons à une lutte sans merci entre les politiciens. Tous les coups sont permis ?

JBM / Le plus étonnant c’est qu’à part quelques exceptions que nous abordons dans le livre, ce sont surtout des inimitiés de circonstance ! Prenons l’exemple de Jean-François Copé et François Fillon : ils ne se détestent pas, mais ont des façons de faire de la politique tellement opposées sur la forme, qu’ils ne parviennent plus à se comprendre.

NL / Certains coups bas peuvent faire sourire, notamment lorsque ça relève de la mesquinerie. La plupart du temps, ils révèlent la compétitivité qui existe entre certaines personnalités. Quand au lieu de se contenter d’annoncer le discours de François Fillon lors d’une réunion des cadres, Jean-François Copé monte à la tribune pour prononcer une nouvelle fois son discours du matin, on se dit que la guerre a déjà commencé pour l’après…

Tout au long de l’ouvrage, vous citez votre vécu journalistique, plusieurs ouvrages, et des débats politiques télévisés. Le travail de recherche est impressionnant ! L’écriture de cet ouvrage vous a pris combien de temps ?

JBM / Au total, nous avons travaillé un an. Ce fut d’abord de longs mois de pré-enquête, de documentation, le temps d’élaborer un plan et de se mettre d’accord sur ce que nous allions mettre dans chaque chapitre. Il y a eu ensuite une longue phase d’entretiens.

NL / Nous avons rencontré plus de cinquante personnes que ce soit des ministres, des responsables de premier plan, des hommes de l’ombre, des conseillers, des spin doctors et certains militants « de base ». Tout ça nous a encore pris quatre mois sans oublier trois mois de pure écriture. Un travail à plein temps en plus de nos horaires à TF1 et LCI : nous n’avons pas chômé !

Les politiciens concernés vont-ils cautionner votre ouvrage ? Ne risquez-vous pas d’essuyer quelques revers lors de vos prochaines émissions ?

JBM / Je ne vous cache pas que j’avais assez peur de leur première réaction le jour de la sortie du livre ! Nous sommes depuis rassurés. Même si certains responsables de l’UMP nous disent ne pas être d’accord avec toutes nos analyses, personne n’est venu se plaindre de la véracité de ce que nous avancions.

NL / Chaque information est accompagnée de faits très précis. L’enquête est ultra documentée d’après les premiers retours que nous avons. Ensuite, j’imagine que certains n’ont pas franchement apprécié de découvrir ce que d’autres responsables pouvaient dire sur eux. En revanche, je dois dire que nous avons été très surpris de la liberté dont on a disposé pour mener notre enquête.

D’où proviennent les sources exploitées par le Canard enchaîné ? Vos révélations vont surprendre, intriguer ou décevoir vos lecteurs. Qui s’y frotte, s’y pique ?

JBM / C’est extrêmement intéressant de se pencher sur les sources de cet hebdomadaire qui fait tant parler chaque mercredi. Soyons francs, la plupart des infos du Canard proviennent des responsables politiques du même camp que la personne visée. Balancer un « ami » est assez fréquent.

NL / Christine Boutin le dit dans le livre. Sa mission « grassement payée » révélée à l’hebdomadaire, elle pense que ça vient de son camp. Hervé Gaymard a longtemps soupçonné Brice Hortefeux pour l’histoire de son appartement. Dans le livre nous expliquons comment fonctionne ce petit monde si particulier. Beaucoup de politiques « jouent » à donner des infos au Canard Enchaîné… et expérimentent parfois l’effet boomerang quand ça se retourne contre l’expéditeur. Comme nous l’a dit Chantal Jouanno : « si on commence à travailler avec le Canard, on est identifié comme une cible ».

Vous énoncez également les diverses invitations de connexion sur Twitter, afin de commenter à qui mieux mieux les interventions des candidats. Un véritable reality show, non ? Que signifie « Flamby » ?

JBM / Flamby, c’est le surnom qui a été longtemps donné à François Hollande. C’est anecdotique, mais le soir d’une intervention télévisée du candidat socialiste, l’UMP a envoyé un texto à certains adhérents pour qu’ils commentent sa prestation sur Twitter. Le SMS invitait clairement à utiliser le nom de code : « Flamby »

NL / Sur Internet, il est vrai que nous avons eu le sentiment que la droite était moins présente que la gauche, que ce soit sur les réseaux sociaux ou sur les blogs. Depuis la rentrée de septembre, l’UMP s’est repris et organise mieux la riposte sur le Net à travers, notamment, des séances de formation dirigées par le responsable web du parti, Baptiste Roynette.

Une soif incommensurable de pouvoir, une obsession présidentielle, qui les mènent à des jeux de potaches inqualifiables, des coups bas pitoyables et des sourires moqueurs. Du « je t’aime, moi non plus » incessant. C’est pathétique non ?

JBM / C’est le lot de tous les partis politiques. Cet univers impitoyable se retrouve dans toutes les formations. C’est vrai que parfois, on se dit que ce n’est pas à la hauteur des enjeux, que ça ne grandit pas nos élus. L’un des témoins du livre le reconnaît : « il faut mordre avant d’être mordu ».

NL/ Ce qui est curieux dans le monde politique, c’est que la conquête et l’exercice semblent former deux temps différents. Beaucoup se disent que pour arriver à transmettre leurs idées et faire changer les choses, il faut d’abord arriver au pouvoir. Donc empêcher les autres d’y arriver avant.

Tout au long de la lecture, on oscille entre les fables de la Fontaine et des films de Rambo ? L’effet ressenti est-il volontaire ?

JBM / C’est la première fois qu’on nous le dit ! Et je le prends personnellement comme un compliment. Le livre ressemble à la saga Rambo dans la dureté des combats, la violence des coups, les personnages récurrents et en même temps, la fragilité du héros, ou plutôt des protagonistes dans le cas de notre livre. L’effet ressenti n’est absolument pas volontaire, mais je suis flatté quand même !

NL / Si un rapprochement devait être fait avec La Fontaine, je dirais que c’est un mélange entre « Le Corbeau et le Renard », « le Chêne et le Roseau » et « Le Pot de terre et le Pot de fer ». Le Corbeau et le Renard car si le thème de la flatterie n’est que peu abordé, il est une thématique récurrente de la politique. Le Chêne et le Roseau parce qu’avec toute la violence qui existe, mieux vaut être un roseau qui plie mais ne rompt pas qu’un chêne qui casse à la moindre bourrasque. Le Pot de terre et le Pot de fer parce qu’indéniablement, certaines alliances sont contre-nature pour 2017. Tout l’enjeu est d’identifier les pots de terre à l’UMP.

L’intolérance serait-elle le mot phare de ce monde qui gouverne notre pays ?

JBM / Intolérance à la concurrence, peut-être. Ce qui est cocasse pour certains qui se réclament de la mouvance libérale. L’UMP reste tout de même un parti divers. C’est l’union des droits, initialement.

NL / Jean-François Copé essaye tant bien que mal de faire coexister différentes idéologies. Il encourage par exemple la structuration des courants. Mais ce n’est pas toujours évident.

Question personnelle : pourquoi avoir dédicacé votre ouvrage à votre grand-mère ?

JBM / Car elle nous a quittés il y a tout juste un an et que c’est une personne qui a beaucoup compté pour moi.

Question personnelle : qui est Souad ?

NL / C’est ma maman. Elle comme moi sommes très pudiques. Je voulais qu’elle soit la seule à savoir que le livre lui est dédicacé. Raté ! ;-)

Vous qui ne comprenez rien à la politique mais qui souhaitez néanmoins y accéder (l’heure est grave !), à condition qu’elle soit abordée de manière ludique, je vous recommande vivement ce livre « UMP Un Univers Impitoyable ».

Une vérité vraie mais traitée avec tant de légèreté ! De vous à moi, j’ai intégré cet univers avec une aisance sans pareille, à travers les mots de Neila Latrous et Jean-Baptiste Marteau.

Propos recueillis par Armelle H.

Credit photo : Sandrine Roudeix @ Flammarion

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *