JEEPERS CREEPERS

Chaque année, les cabinets de tendance organisent un petit concours interne ultra confidentiel sur le thème: « Quel objet insolite va-t-on bien pouvoir exhumer des abysses de la laideur? ». Le principe est simple, réussir à tamponner les règles de l’esthétique et du bon goût si fort qu’elles en voient la vierge.

Cette année, le grand vainqueur, un certain Nicolas S., a su conquérir le cœur de ses pairs en leur proposant le business plan le plus risqué de la décennie. Il s’est pointé en salle de réunion avec un power point hyper élaboré, inspiré par la disparition d’Amy Winehouse et du voyage-pèlerinage à Camden Town qui a suivi, et a dit « Les mecs, je vais vous vendre du rêve, on va relancer… LES CREEPERS ». Silence à la fois impressionné et terrifié dans l’assemblée, même Sonia L. a cessé de tapoter frénétiquement les touches de son iPhone 71 (elle a des contacts chez Apple). On entendait raisonner l’ahurissement.

Parce qu’avouons-le, il est tout de même ahurissant que les personnes censées représenter le monde de la mode, qu’il s’agisse de nos amis les créateurs ou des rédactrices du monde entier, ne se soient pas indignées d’une seule et même voix, face à la tentative audacieuse de nous refourguer tout un tas de produits parfaitement immondes, avec lesquels il est impossible d’avoir le moindre soupçon d’allure. La tentative avait déjà été un semi-échec avec le grand retour du sabot. Les plus téméraires d’entre nous ont bien tenté l’expérience, mais se sont vite senties seules sur le bitume.

Alors oui, les creepers sont des modèles emblématiques du mouvement punk et du Londres de Westwood, et en ces temps troublés les idéaux révolutionnaires refont surface sous les formes les plus inattendues et bla bla bla,… Mais asseyons-nous deux minutes et réfléchissons. Avons-nous réellement envie d’investir des centaines d’euros dans une paire de pompes orthopédiques ? Arborer une paire de creepers Prada à 600 balles, n’est-ce pas tout l’inverse de la punk attitude ? Et, pour les puristes, qui iront jusqu’à se taper tout le voyage jusqu’à Camden Town juste pour se rapporter les authentiques et revendiquer leur côté « No Future », j’ai envie de répondre que ce n’est pas hyper écolo, mais effectivement, 100% no future.

Rendez-vous au cœur de l’hiver pour déterminer si la tendance a pris. En attendant, prions.

Marine Revel

Article issu du numéro 7 de Pose Mag à découvrir ici !

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