LA PLANÈTE MODE DE JEAN-PAUL GAULTIER, DE LA RUE AUX ÉTOILES

La première chose que j’aperçois quand j’arrive à l’avant-première de l’exposition Jean-Paul Gaultier à Montréal, c’est la file qui s’étend sur cinq pâtés de maisons. Faisant la queue devant le Musée des Beaux-arts, tenant dans leurs mains les invitations rayées bleues et blanches, se retrouvent fashionistas, punks, amoureux de l’art et professionnels de la mode. Il semble que tout le monde vient voir « l’enfant terrible de la mode ». La file avance rapidement. Alors qu’on entre dans l’exposition et qu’on passe sous un néon fluo au nom de Jean-Paul Gaultier, une compréhension silencieuse balaie la pièce. La douleur de cette longue file en hauts talons est vite oubliée.

Des rayures marinière en tous genres nous accueillent. Il y a la robe de plumes pailletées vue récemment sur les runways, et la fameuse marinière pour hommes avec son petit chapeau. Il y a aussi plus récente, la robe longue toute en crochet et rubans, couvrant même le visage. Le plus étonnant cependant : les mannequins semblent parler…..

Sont-ils en chair et en os ? Non, leurs corps ne bougent pas. Certains chantent, d’autres esquissent un sourire ou bougent à peine les paupières. Je commence à me demander si quelqu’un n’aurait pas mis quelque chose dans le martini que j’ai bu juste avant de venir.
En y regardant de plus près, je me rends compte que de vrais visages sont projetés par dessus, créant l’illusion de loin de mannequins vivants. Au départ, conçue par Denis Marleau pour la compagnie de théâtre de Montréal UBU, le visage d’un acteur est moulé sur un modèle 3D personnalisé, et leur visage est reprojeté sur ce modèle. Une de ces projections est nulle autre que Eve Savail, actrice du film “Le cinquième élément” et une des muses les plus célèbres de Jean Paul Gaultier.

Romantisme et fétichisme, humour et observation sociale, thèmes récurrents dans le travail du designer sont brillamment soulignés dans cette exposition. Odyssée, Boudoir, Fleur de Peau, Punk Cancan, Jungle Urbaine et Métropolis. Chaque section explore tous les aspects des grandes périodes du styliste avec en toile de fond le thème des idéaux masculins et féminins et leurs relations au vêtement et au corps.

Une vidéo montre les coulisses d’un défilé ou l’on voit Jean Paul Gaultier et un groupe de mannequins. L’une d’entre elles porte un soutien-gorge conique de velours bleu. Le groupe a une discussion à propos du pourquoi de la création de ce soutien-gorge. Le mannequin explique qu’elle comprend son point de vue mais que le porter dans le métro semble complètement irréaliste.
Il répond: “Ça n’a pas d’importance. C’est un idéal, une question, une provocation. Ça veut dire, c’est ma féminité, regardez-moi, ayez une réaction, c’est une exagération de mon corps, alors regardez.”

Sur ce thème, la section Boudoir montre les premiers corsets de Jean Paul Gaultier, et ses idées sur la libération du corps par rapport à un vêtement  qui fut autrefois contraignant aussi bien physiquement que psychologiquement. On retrouve dans cette salle les plus marquants tant au niveau esthétique que philosophique: un corset soulignant un ventre de femme enceinte et celui aux seins coniques porté par Madonna dans « Blonde Ambition Tour ».
Dans Fleur de Peau, on peut voir des robes aux imprimés de corps de femme nue, également des corsets aux imprimés de corps écorchés vifs. Cette salle montre également l’exploration de Gaultier dans l’univers du féminin-masculin et du macho-féminin. On peut y voir exposés les costumes de scène de Madonna pour la tournée « Confessions » en 2006, ou Gaultier la transforme en écuyère dominatrice, entourée de danseurs-esclaves bardés de sangles.

Punk Cancan nous emmène dans l’esthétisme le plus connu de Jean Paul Gaultier, le mouvement punk devenu glamour. Fasciné par la Belle Époque mais profondément attaché à l’attitude punk rebelle, une plateforme tournante montre des ensembles raillant le style BCBG.
Sur les murs extérieurs sont présentés des mannequins avec les ensembles signature de Gaultier: les plaids en mohair, kilts et coiffures de Mohican.
La salle Jungle Urbaine expose une sorte d’armure-corset carapace de tortue géante, d’énormes coiffées stylées africaines et une immense panoplie de travail de perles sophistiqué. Un mannequin semble porter une robe avec une peau de léopard placé verticalement sur le devant. En y regardant de près, plus aucun doute, la “peau de léopard” est une illusion, faite entièrement de petites perles brillantes.

Metropolis est la dernière section de l’exposition, un saut dans le future. Jean Paul Gaultier est l’un des premiers à s’être intéressé au recyclage, et a créé une collection de vêtements et accessoires faits de matériaux jetés comme les sacs poubelle et les boîtes de conserve.
Cette partie de la rétrospective montre également sa collaboration avec différents metteurs en scène, musiciens et chorégraphes. Des extraits de “La cité des enfants perdus” de Marc Carot et Jean-Pierre Jeunet, “ Kika” et “La mauvaise éducation » de Pedro Almodovar, ainsi que le très connu  «  Cinquième élément » de Luc Besson, célèbrent son travail de styliste dans la création de costumes pour le cinéma. On peut également admirer son travail dans quelques scènes de ballets pour la chorégraphe Régine Chopinot.
Bien que ses œuvres soient très variées, la touche de Mr.Gaultier transcende le temps et complète tous les personnages sur lesquels il a travaillé.
Metropolis complète joliment l’exposition.

La planète mode de Jean Paul Gaultier, De la rue aux étoiles.
Musée des Beaux Arts de Montréal jusqu’au 2 octobre 2011

English version

A line-up stretching five blocks is the first to greet me as I arrive to the preview of Jean Paul Gautier’s exhibit in Montreal. Lined up at the Museum of Fine Arts, holding striped blue and white invites, are fashionistas, punks, fine art fanatics, and fashion industry professionals. It seems everyone has turned up for « L’enfant terrible de la mode. » The line moves quickly. As we enter the exhibit and pass under a glowing neon that says Jean Paul Gautier, a silent understanding sweeps the room. The pain of a five block wait in high heels has been well worth the wait.

Mariner stripes in all their form greet us. There is the striped, sequined feather dress more recently on the runway, and the infamous men’s mariner crop top and token hat. There is also the well known and more recent floor length lace and crotchet dress, which covers even the face. The most shocking however, is the mannequins seem to be talking…

Are they flesh and blood models? No their bodies are too still. Some are singing, others are merely blinking or smiling. I am starting to wonder if someone drugged the martini I had just before the exhibit.
After a bit of scanning I realize the faces are projected from above, creating the illusion of real life breathing models from afar. Originally conceived by Denis Marleau with UBU (a theater company in Montreal), an actor’s face is molded into a personalized three dimensional form, and their face is essentially re-projected over that form. One of these projections is none other than Eve Savail, actress from the Fifth Element and one of Jean Paul Gaultier’s most famous muses.
The effect up close is magical, both comical and disconcerting at once. The perfect combination of emotions for the first part of this retrospective exhibit, entitled The Odysee of Jean Paul Gaultier.

Constantly exploring and contrasting ideals of romanticism and fetichism, comedy and social observation, the designer’s life works are excellently curated in this exhibit.  
L’odyssee, Boudoir, Fleur de Peau, Punk Cancan, Urban Jungle and Metropolis, every aspect of the designer’s major periods are explored; as a background the theme of masculine and feminine ideals and these relations to clothing and the body.

A video from the backstage of a runway show, shows Jean Paul Gaultier and a crowd of models discussing why he created a blue velvet cone bra that one is wearing. She explains that she understands that this is his point of view but wearing it on the subway is completely unrealistic. He says, « It doesn’t matter it’s an ideal, a question, a push. It says this is my feminity, it says look at me, have a reaction, this is an exaggeration of my body, so look. »

On this theme, Boudoir examines Jean Paul Gaultier’s first corsets, and his ideas behind freeing the body of a once emotionally and physically constraining piece. A corset with a rounded pregnant belly, and the Madonna’s Blonde Ambition Tour cone bra corset are highlights of this room, both esthetically and philosophically
In Fleur de Peau we see dresses printed with a naked female form, and mimicked muscle and bone corsets. This room also marks Gaultier’s exploration of feminine masculine pieces and macho feminine pieces. On display are also Madonna’s 2006 « Confessions » tour costumes, where Gaultier transformed her into an equestrian dominatrix surrounded by harness bound « slave » dancers.

Punk Cancan takes us to Jean Paul Gaultier’s most known aesthetic, the glamorisation of the punk movement. Fascinated by the Belle Epoque but with his heart deep in the rebel punk attitude, a revolving runway shows off clothing mocking the BCBG genre. The exterior walls are lined with models in Gaultiers signature mohair plaid, kilts and pony hair mohawks. In the same room Urban Jungle, shows us tortoiseshell armor, enormous head wraps and a seemingly infinite amount of intricate bead work. One model appears to be wearing a gown with a leopard skin placed vertically on her chest. Up close, there is not a hint of hide, the « leopard skin » is an illusion, made entirely of tiny sparkling beads.

Metropolis the final section of the exhibit, is a jump into the future. Jean Paul Gaultier is one of the first to recognize the recycling movement, and creates a collection of garments and accessories made of discarded materials like trash bags and tin cans. This part of the retrospective also looks at his collaborations with various film makers, musicians and choreographers. Snippets of Marc Carot and Jean-Pierre Jeunet’s The City of Lost Children, Pedro Almodovar’s Kika and La Mala Educaccion, as well as the infamous The Fifth Element by Luc Besson celebrate his work designing costume for films. While scene’s from various ballets showcase his work for the french choreographer Regine Chopinot. Though the works are varied, the taste of Mr. Gaultier transcends times and complements all the characters on which they take form. Metropolis is a lovely wrap-up to Jean Paul Gaultier’s wide and various work.

The Fashion World of Jean Paul Gaultier, From the Catwalk to the Sidewalk is open at Museum of Fine Arts in Montreal until October 2, 2011.

Pauline Garcia

Traduction Corinne Garcia

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