C’EST FOU LE POUVOIR QUE ÇA PEUT AVOIR… UNE PETITE ROBE ROSE !

Les « syllogismes intra-crâniens », vous connaissez ?

Non non, rassurez-vous, cette appellation incontrôlable/d’origine non-contrôlée fruit de mon imagination n’est pas une maladie incurable, je ne suis pas en train de vous écrire du fin fond de mon lit, partie loin dans un délirium contagieux qui pourrait se transmettre à vous via votre écran d’ordinateur.

Au contraire, ce processus serait plutôt, comme dirait l’autre , un cheminement naturel de la pensée (z’avez vu comme je parle bien) qui vous balade d’une divagation à l’autre en un temps record, un phénomène récurrent et bien connu de tout un chacun. Je m’explique…

Prenons un sujet, vous, par exemple, et une situation au hasard : vous marchez tranquillement dans la rue, vous dirigeant, j’ai bien dit au hasard, vers la boulangerie la plus proche (bien décidée à n’acheter qu’une baguette et pas la croissant-beurre assorti). Quand tout à coup, une vitrine attire votre attention….

Ou plus précisément, quand une petite robe d’un rose poudré délicieux attire votre attention.

De là, vous vous dites qu’elle irait bien avec votre nouvelle paire de ballerines nudes, enfin, votre future nouvelle paire de ballerines nudes, celles que vous achèterez quand vous aurez payé les factures. La pensée fracassante de toutes ces traites qui vont vous tomber dessus d’ici peu vous gâche le plaisir de la vision enchanteresse provoquée par la robe, et de suite un micro-climat (un petit nuage tout gris qui fait de la pluie et du tonnerre rien que pour vous) déboule au-dessus de votre tête et vous inonde de mauvaise humeur.

De désespoir, la bouche tordue dans un rictus torturé, vous vous persuadez que, fauchée pour fauchée, vous n’êtes plus à 50 euros près (64,99€, en vrai, mais 50 c’est la version officielle pour votre mec si vous en avez un). Après avoir eu un court débat intérieur et fait taire votre bonne conscience, vous entrez d’un pas décidé dans la boutique, vous dirigez droit vers la robe en question, telle un squale ayant détecté l’odeur du sang.

Pas de bol, une fashionista à headband semble avoir la même target que vous… Et comme dans ses cas-là il ne reste toujours qu’une seule robe en taille 38 (en vrai vous faites un bon 40, mais après deux semaines de torture à coup de Dukan, ça ira. Et puis vous aimez bien emmerder les fashionistas).

A ce moment fatidique, tout bascule, vous vous retrouvez dans un western, à échanger un regard meurtrier avec votre adversaire… Le silence se fait autour de vous alors que vous vous toisez, immobiles, mais au taquet. Un enfant commence à pleurer, qu’il se taise vite, l’inconscient ! La Terre entière est suspendue à vos frémissements, attendant de voir ce qui va se passer… Ouin ouin ouin ouin…Ouin ouin ouin… (musique de western, pas facile à reproduire par écrit).

Quand soudain c’est la débandade : la tigresse en face de vous bondit toutes griffes dehors sur la sus-dite-nommée robe, la fourbe, elle n’a pas attendu le coup de fusil réglementaire ! Pas de bol pour elle, vous avez quelques centimètres d’avance sur elle, plus d’un tour dans votre Lancel, et avez été championne de rugby junior au collège. Pan, d’un coup de coude vous éjectez un obstacle vivant (une autre cliente) dressé sur votre chemin. Vous voyez rouge, vous la voulez, vous l’aurez, cette robe, même si vous devez vendre votre mère pour ça, même si vous devez y laisser votre peau dans cette corrida du shopping !!!

L’autre hurle, c’est la guerre, les lumières de la boutique deviennent éclatantes, la colère vous aveugle, mais enfin ! Ca y’est ! Vous y êtes presque, vous tendez la main ! Ouiiiii, vous touchez votre but, saisissez la robe en faisant le V de la victoire, tiens dans tes dents toi la blonde, vous êtes Johnny lors d’un concert au stade de France, vous avez gagné haut la main, toute votre vie ne vaut la peine d’avoir été vécue que pour ce moment de gloire, pour voir le visage de l’autre, dégoûtée de la life, qui repart en trainant des Stillettos, furibonde…

Sauf que tout ça, c’est dans votre tête, et seulement dans votre tête. Que le gosse qui hurle en stéréo depuis tout à l’heure, en vrai, est accroché au bout de votre bras, normal, c’est le votre, il en a marre de rester à vous regarder plantée là depuis trois plombes, l’œil vitreux, hypnotisée par la vitrine, et qu’en plus de ça la boulangerie à fermé, shit, vous n’aurez rien pour les tartines du môme demain au petit déj’, votre mec va faire la gueule parce qu’il va devoir se lever plus tôt pour aller en acheter à cause de vous, mère/femme indigne. Et c’est reparti pour un tour de rodéo dans votre caboche.

Donc on est d’accord, vous voyez ce que je veux dire, par « syllogisme intra-crânien » ?

Quand je pense que tout ça, à la base, est parti d’une seule et toute petite question, que je me posais: « j’écris quoi, dans mon prochain article ? ».

Deborah Bannwarth

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