INTERVIEW DE CATHERINE SIGURET

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Catherine Siguret est une journaliste de presse écrite (Maxi et Questions de femmes), de télévision, mais également chroniqueuse TV et auteure de près de 50 ouvrages, en tant que romancière, nègre littéraire pour le compte de célébrités, médecins et psys. Catherine fait ses premiers pas de journaliste chez Mireille Dumas en 1992 pour l’émission « Bas les masques ».

En 1997 et 1998, elle est journaliste et chroniqueuse spécialisée dans les sujets société à « Sans aucun doute ». En 2000, elle est rédactrice en chef de « Ciel mon mardi » et « Y’a pas photo » sur TF1, en 2001. Sur Direct 8, elle assure une chronique quotidienne chez « Morandini ! » (2007/2008) et dans « Les Maternelles » (2009/2010) sur France 5. Elle est également l’auteure d’un « Zone Interdite », consacré aux mères en prison.

Elle publie entre-autres « Femmes célèbres sur le divan » en collaboration avec 11 psys, aux éditions Seuil, et « L’amour en miettes » ainsi que « L’amour au coin de l’écran » en 2012 aux éditions Albin Michel.

Catherine Siguret mène de front, depuis des années, carrière et vie familiale avec une énergie étonnante, animée par la passion, la soif de connaissances et de rencontres diverses.
Elle nous parle aujourd’hui de « Ma mère, ce fléau », son dernier opus, publié chez Albin Michel, dont la sortie est annoncée le 7 mars 2013.

Ne pensez-vous pas chahuter quelque peu le cliché de la mère aimante et protectrice à travers ces divers portraits de « Mère Thénardier » évoluant bien loin des Misérables ?

Je pense faire bien pire : on pouvait trouver des excuses, en tout cas des motifs à la maltraitance de la Mère Thénardier, pas éduquée, réduite aux pires extrémités par la misère, malheureuse, mais les mères du livre sont plutôt des Folcoche, l’héroïne de Vipère au poing, des bourgeoises très comme il faut à l’extérieur, pleines de convenances, et cruelles ou sans égard pour leurs enfants.

Par quel biais, avez-vous recueilli tous ces témoignages ?

C’est autour de moi que les premiers exemples m’ont donné l’idée du livre, et pour les autres, j’ai lancé un appel sur les réseaux sociaux, inquiète à l’idée de ne pas tenir ma promesse vis à vis de l’éditeur : grande erreur, j’ai eu tant de volontaires que j’ai eu la chance de pouvoir trier les témoignages, en sorte qu’ils ne soient pas redondants. Chaque (ex) enfant de « mauvaise » mère devrait pouvoir retrouver la sienne !

« Maman, tu es la plus jolie du monde et je t’aimerai toute ma vie ! ». Nous sommes loin de cette image d’Epinal délivrée à l’occasion de la Fête des Mères. L’effet miroir, encore et toujours… Le formatage familial et éducatif…

Oui, et si les enfants ont manqué de recevoir l’amour maternel, ils ont aussi manqué de la possibilité de le donner, comme si l’amour de l’enfant pour son parent était lui instinctif, contrairement à l’autre, et que l’impossibilité de le donner était source de frustration.

La mixité de vos témoins prouverait-elle que le sujet abordé ne repose pas uniquement sur les fondements du redoutable relationnel mère/fille ?

Pas du tout ! Je dirais même que les garçons en souffrent davantage. Les filles se réparent avec l’amour d’un homme ultérieurement, un ou plusieurs, c’est moins vrai pour les garçons, qui restent comme amputés de quelque chose. Il faut dire que les filles vont souvent devenir mères, réparer par procuration. Pour les hommes, c’est plus difficile (même avec le progrès technique !)

Les nouveaux papas sont aujourd’hui plus impliqués et s’investissent comme médiateurs. Est-ce à dire que le père aurait moins d’impact affectif sur la construction de ses propres enfants ?

Évidemment oui. On a coutume de dire en psychanalyse que la mère – ou la figure de la mère – prodigue les soins quotidiens, tandis que le père – ou la figure du père – a une forte importance symbolique. Pour schématiser, la mère compte pour ce qu’elle fait, le père pour ce qu’il incarne. Ce qui n’empêche pas le père d’incarner l’amour avec un grand A, mais son pouvoir de destruction éventuelle se situe davantage au niveau de la structure mentale que sentimentale.

Manque de communication, déni, rejet, abandon, mise en danger évidente, déroute physique et psychologique,… Peut-on se reconstruire vraiment après toutes ces épreuves ?

Oui, mais il y a un biais de recrutement dans les témoignages qui fait que tous s’en sont sortis, et même très bien, avec une force parfois décuplée : ceux qui sont morts (au sens strict, d’overdose ou suicide lent), ceux qui sont mutilés psychologiquement n’auraient par définition pas témoigné. Dire « ma mère m’a détruit(e) ou abîmé(e) à quelqu’un qu’on ne connaît pas, accepter d’être questionné, c’est déjà le signe qu’on va sacrément bien !

Comment parvient-on à accorder sa confiance aux autres par la suite, lorsque la « mère modèle » semble déjà si fragile ?

C’est la magie de la résilience chère à Boris Cyrulnik ! Qui n’a rien de magique : les ressources pour se panser sont multiples, les autres, l’amour, la culture, le plaisir, la foi, chacun a une faim très forte du monde, il se « biberonne » à la vie pour guérir la faim de mère.

Le sexe est également évoqué à travers la génitrice nymphomane ou incestueuse, un portrait type de la mère castratrice ?

Le rapport commun de chaque mère a la sexualité, c’est qu’il n’est ni modéré, ni épanoui, ni clair : elles sont très sexuelles ou curieusement très désincarnées, ultra consommatrices en sorte de délaisser leurs enfants pour adorer leurs amants, ou si allergiques à toute idée tactile qu’elles ne peuvent prendre ni leur enfant dans les bras, ni leur amant, ni même leur mari, qui en général démissionne un jour. Toutes se sont débarrassées du mâle, comme elles tiennent leurs enfants à l’écart parce que leur vrai maladie, c’est l’incapacité du don, de la douceur.

A travers votre ouvrage, on prend acte de chaque parcours de vie personnel et intime, de ces hommes et de ces femmes aujourd’hui adultes, tout en leur accordant de nombreux points communs : une thèse quelque peu déroutante, non ?

Tous les mal aimés de la mère ont une grande parenté, et même mieux, ils disent qu’ils se devinent les uns les autres. Le manque laisse un marquage, une douleur sourde, une scarification qu’ils promènent tout au long de la vie. On peut avoir guéri d’une blessure, et en garder malgré tout la trace. Ces traces sont communes à tous. C’est ce qui console en lisant l’ensemble !

La mère parfaite n’existe pas, pas plus que l’enfant parfait tant idéalisé durant la grossesse. Quelle est la conduite à tenir pour éviter une fêlure irrémédiable entre une mère et son enfant ?

Je vous le dirai quand ma fille, âgée de 102 ans, me dira à moi qui en aurai 122, « Maman, je n’ai aucune fêlure ! ». Donc je ne sais pas. C’est à chacune de s’appliquer, du mieux qu’elle peut, en guérissant de sa propre histoire, chez un psy et/ou en lisant des ouvrages psy, qui sont de plus en plus thérapeutiques. En Angleterre, ils sont même désormais, depuis janvier 2013, prescriptibles par les médecins, sur une ordonnance !

Ces mères toxiques ont été analysées, d’après les divers témoignages, par Patrick Delaroche, psychanalyste. Son regard objectif, porté sur chaque cas, conforte le lecteur dans une résilience envisageable et accessible. Sommes-nous tous responsables de notre devenir ?

Ce n’est pas moi qui vais vous dire le contraire : je crois à l’entière responsabilité de chacun de soi-même ! Aucune blessure traînée une vie ne saurait expliquer son ratage, c’est à dire le malheur dans lequel on vivrait : on dispose aujourd’hui de tant d’armes, la liberté d’aller et venir avec ceux que nous choisissons, la multitude de méthodes de thérapie, la parole libre autour de tous les sujets, que rester cloué dans un traumatisme me semble indécent. C’est un devoir de prendre soin de notre vie unique, précieuse, même si elle nous malmène parfois jusqu’aux pires cruautés. On n’a pas tous les mêmes moyens d’être heureux, les mêmes chances ni au départ ni à l’arrivée, mais on peut s’appliquer à fuir l’obscurité.

Dénoncer haut et fort ce sujet tabou peut surprendre, mais le taire serait également un leurre. L’homme est en quête d’idéal certes, mais dans notre société où amour, carrière et consommation deviennent les its facteurs de notre existence, notre épanouissement personnel prime encore et demeure un atout indispensable à notre survie. L’ouvrage de Catherine Siguret en est une preuve singulière mais flagrante !

Propos recueillis par Armelle H.

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