STARBUCK OU UNE BELLE LEÇON DE PATERNITÉ

starbuck movie

Que feriez-vous si vous appreniez au beau milieu de la journée que vous êtes père de 533 enfants ? Pas de doute, ce serait une véritable onde de choc. Pour Starbuck, la nouvelle va ébranler son quotidien de québécois croulant sous les dettes et qui se bat pour conserver un minimum de dignité.

Issu d’une famille d’immigrés polonais, David Wozniak mène une vie pantouflarde au Québec et passe pour un raté aux yeux de son entourage, y compris de sa petite amie (Julie Le Breton). Lorsqu’il n’est pas en train de bailler au volant de sa camionnette pour livrer la viande de sa boucherie familiale, ce bonhomme mal rasé au tempérament fumiste occupe son temps libre en compagnie de son meilleur ami, avocat miteux qui passe plus de temps à rêver sa carrière qu’à ne la concrétiser. Sans trop de mal, on devine dès les premières minutes du film que le personnage interprété par Patrick Huard fait partie de ces nouveaux loosers, des « anti-héros » que les comédies américaines honorent sur grands écrans depuis déjà quelques années.

Et pourtant, l’histoire de Starbuck ne commence pas là. Mais dans une salle de clinique, face à une série de magazines pornographiques censés le stimuler pour un don de sperme anonyme. Une offrande que David signe sous le pseudonyme « Starbuck » et qui lui rapportera au total plus de vingt-mille dollars.

Décalé et cocasse, le ton du film est d’entrée de jeu prononcé et le spectateur promis d’être tenu en haleine grâce à cette situation burlesque. Quant au choix du sobriquet, c’est en vérité un clin d’œil qu’a voulu faire le réalisateur Ken Scott, au célèbre taureau éponyme qui a ensemencé une part importante de vaches d’Amérique du Nord dans les années 1980. On retrouve d’ailleurs à plusieurs reprises, la présence d’un taureau sérigraphié sur les tee-shirts de l’acteur !

Aussi audacieux que soit le sujet en abordant le don de sperme, le leitmotiv du film ne se limite cependant pas à lui. Le véritable fond de l’histoire est le thème de la paternité, qui tend à s’affirmer de plus en plus à notre époque, où le père s’implique autant que la mère dans l’éducation de ses enfants, et plus abruptement qu’il y a une quinzaine d’années. Évolution des mœurs ou simple prise de conscience ? Le film explore en tout cas les différentes facettes de la paternité, d’une façon adroitement ludique qui mêle émotions, comédie et moments dramatiques. Et Starbuck incarne à la perfection l’homme qui choisit de faire un – ou plutôt 533 – pas en avant vers ses enfants qui réclament l’identité de leur père biologique.

C’est donc dans un film parsemé de thèmes tabous comme la drogue, le handicap ou l’homosexualité que Starbuck s’affirme comme une belle leçon de vie. Et les spectateurs semblent être toujours autant séduits puisque le long-métrage entame sa huitième semaine au box-office. Encore une admirable réussite du cinéma canadien, à l’heure où Laurence Anyways de Xavier Dolan vient de remporter le prix du meilleur film au Festival International de Toronto. Comme quoi, on n’est pas prêts de dire « Tabernacle » aux réalisateurs québécois !

Maxime Gasnier

 

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