SANDRA NKAKE – FESTIVAL PORTO LATINO

Sandra Nkake

Un come back sur cette même scène pour Sandra Nkaké qui participait déjà à ce festival en 2008 avec son premier opus « Mansaadi », dédié à sa mère partie trop tôt. Ce soir, elle nous revient avec son second album solo « Nothing for granted ».

 Entre énergie soul, feeling pop rock et BO fictive, Sandra Nkaké signe ici un album de chansons imaginées. Elle nous conte des destins croisés, individuels ou collectifs, tous en proie à des choix, souvent existentiels. Chaque titre nous retrace la vie de personnages différents, parfois touchants, perdus, drôles, tendres, à la recherche d’une forme d’émancipation qui leur permettrait de fuir ce monde trop plein de normes et de préjugés. « Nothing for granted » est un voyage tout en voix, à travers l’énergie que ces personnages déploient pour définir ou redéfinir leur destin, car « Rien n’est acquis »… Jamais. Epique, poétique ou explosive, la musique se fait l’écho de leur for intérieur, de leur cri de liberté.

Rencontre avec cette chanteuse et actrice franco-camerounaise qui se considère avant tout comme « l’artisan de son art » plutôt qu’ « artiste » ! Auteure, compositrice et interprète, elle se met en scène à l’image des divas soul, tout en imposant son style atypique, sa puissance vocale et l’élégance féline de Grace Jones.

« I like conversation… » with Sandra Nkaké !

Vous avez été nommée, il y a quelques jours, « Révélation de l’année » aux 10èmes Victoires du Jazz. Qu’avez-vous ressenti à cette annonce ?

Sur le moment, j’ai été très surprise. Etre nommée était déjà surprenant, mais obtenir ce prix fut d’autant plus inattendu que nous étions en pleine tournée et donc dans une dynamique de concerts. La reconnaissance ne nous apportera pas plus d’ardeur au travail. Néanmoins, je l’accepte avec joie et fierté et je la dédie à tous les artistes indépendants qui se battent quotidiennement pour créer leurs propres univers. C’est un bon coup de pouce à la création et une belle récompense pour toutes les personnes qui se sont investies sur le projet depuis que j’ai commencé à faire de la musique.

Qui a collaboré avec vous sur cet album (paroles et musiques) ?

J’ai composé cet album avec Jî Drû, qui est tout à la fois un grand ami, ma moitié, mon miroir et un grand, grand musicien, qui pratique la flute traversière. Nous nous sommes rencontrés lors d’une tournée, et depuis nous ne nous sommes pas quittés. Jérôme m’a invitée à deux reprises pour participer à ses albums, puis ensemble nous avons créé ensuite avec Jean-Fi Dary, un autre musicien, un collectif qui s’appelle « Push Up ». J’avais vraiment envie de travailler avec Jî Drû sur mon dernier album. Aucune règle ne s’est imposée à nous pour écrire textes et musiques. Néanmoins, nous tenions plus que tout à respecter le fil rouge que nous avions défini : mettre en situation des personnages pour parler de nos propres combats au quotidien tout en sachant affirmer notre personnalité.

Chaque titre met en scène un personnage dans son propre univers, que vous poétisez afin de faire tomber les préjugés sociaux. Pensez-vous que votre vision du monde, dépeinte dans l’album, ouvrira votre public à plus d’empathie ?

Je tente de créer un espace dans lequel les gens vont essayer de s’insérer, d’échanger et de se retrouver. Il ne faut pas craindre d’affirmer sa personnalité, même si cela prend parfois du temps et beaucoup d’énergie. Cette dynamique n’émane pas que de soi, il faut accepter qu’elle provienne également des autres, de nos proches, de nos voisins…

La vie est fragile et rien n’est jamais acquis… Pensez-vous que vos choix personnels déterminent votre destin ?

Carrément ! Nous avons la chance inouïe de vivre du bon côté de la planète et de pouvoir vivre en faisant des choix personnels. Tout le monde peut le faire, mais les contraintes liées aux codes sociaux, moraux et familiaux ne nous permettent pas toujours de nous exprimer comme on l’aimerait. Notre rôle à nous, troubadours et ménestrels, est donc de proposer un espace dans lequel énarques, ouvriers, étudiants, seigneurs, jeunes, vieux, valides, invalides se retrouvent tous, car nous sommes tous des écorchés, détenteurs d’un potentiel qui ne demande qu’à être révélé aux contacts des autres. « Nothing for granted » n’est ni pessimiste, ni négatif. Au contraire, je pense qu’il est urgent que chacun savoure sa vie et s’accomplisse dans ses choix personnels.

Très jeune, vous vous êtes réfugiée dans le cinéma, la littérature et la musique, pour fuir ce monde d’adultes qui ne vous correspondait pas. Aujourd’hui encore vous prônez l’indulgence, la tolérance et revendiquez une vie décente pour tous. Sandra Nkaké : idéaliste ou révoltée ?

Je suis une révoltée idéaliste ! (rire) Révoltée dans le sens où je pense qu’il n’est pas évident de vivre autrement. Mon destin est lié à d’autres personnes. Un exemple ? Au marché, lorsque j’achète des légumes, je dépends forcément du producteur qui selon sa méthode de culture aura une influence sur l’air qu’on respire. On est tous dépendants les uns des autres. Alors oui je suis révoltée, lorsque je constate que le monde politique ne semble guère inquiet pour notre pays, dans lequel encore, de nombreuses personnes meurent de faim et souffrent d’illettrisme. Ne serait-il pas plus judicieux de régler tous ces problèmes de taille en interne, avant de franchir d’autres frontières ? Sur quoi reposent leurs priorités ? Oui, je suis révoltée ! Ça me fait mal.

Avec « Mansaadi », vous vous êtes produite en France, mais également en Afrique, au Brésil, au Mexique. Où vous mènera « Nothing for granted » ?

Dans ces mêmes territoires, je l’espère ! Je suis très heureuse de participer au Festival de Saint Denis, à la Réunion, le 29 septembre prochain, d’autant plus que je n’y suis jamais allée.

Durant votre parcours, quelles ont été les rencontres marquantes et décisives qui ont influencé votre carrière ?

Jî Drû est la première personne qui m’a fait croire en moi. Il a su me renvoyer ma propre image, faite de faiblesses et de forces. Facile à dire, mais je ne vous cache pas que j’y allais un petit peu à reculons au début. Autre belle rencontre également : Pierre Pradinas avec qui j’ai fait un spectacle qui s’appelait « Fantômas revient », une pièce de théâtre musicale, en 2005, aux côtés de Romane Bohringer et Thierry Stremler. Un univers très « cross over », au cours duquel nous faisions des ponts entre le théâtre et la musique. Nous avons travaillé longuement sur « comment gérer son corps et faire passer l’émotion à travers lui, tout en économisant notre gestuelle ». Les chanteurs présentent souvent des gestes plaqués par automatisme. Les gestes doivent être naturels et au service de l’émotion qui se dégage de la chanson, afin d’intégrer au mieux l’histoire.

Ces deux personnes (il y en a beaucoup d’autres également) m’ont énormément apporté dans la rectitude et la puissance.

Avez-vous d’autres projets pour 2012 ? Cinématographique peut-être ? Votre dernier tournage date de 2011 pour « Toi, moi, les autres » de Audrey Estrougo, avec Leïla Bekhti et Benjamin Siksou.

Il est vrai que j’ai mis une parenthèse ces derniers temps sur ma carrière d’actrice, en raison de la sortie de mon dernier album et de la tournée qui s’ensuit. J’espère néanmoins pouvoir réintégrer très prochainement les plateaux. Un projet pour 2014 se profile : un opéra pour Agamemnon. A suivre…

Parlons un peu de vous à présent…

Décrivez-vous en trois mots.

Espiègle, curieuse et timide.

Avez-vous une addiction particulière ?

Hum ! Le chocolat.

Le comble de la vulgarité.

Ne pas savoir remercier.

Côté mode, vous êtes plutôt chic ou choc ?

Choc ! (rire)

Vous partez en voyage, quels sont vos indispensables ?

Maillot de bain, crème solaire, un bon polar et ma brosse à dents.

Quelle situation peut vous déstabiliser ?

Un parent qui frappe son enfant.

La cause humanitaire qui vous tient le plus à cœur.

La lutte contre le SIDA, l’alphabétisation des enfants et des adultes dans le monde.

Votre plus grande fierté ?

Ils sont deux : mes enfants. Ma famille est ma plus belle réussite à ce jour.

Des vacances en famille bientôt ?

A partir de mercredi, direction la Drôme !

Quelques mots sur Porto Latino et la Corse ?

Je suis ravie car aujourd’hui, j’ai trouvé le temps de me baigner, de profiter de la plage et de me balader dans Saint Florent. Quant à Porto Latino, c’est vraiment un festival de dingues. Ce soir, j’assure la première partie de Catherine Ringer dont je suis fan. Joie, Joie, Joie ! Fierté, Fierté, Fierté !

Retrouvez toute l’actualité de Sandra Nkaké sur :

Son site officiel : www.sandrankake.com, sur Facebook et sur Twitter : @Sandra_Nkake

Propos recueillis par Armelle H.

Porto Latino 2012

2 thoughts on “SANDRA NKAKE – FESTIVAL PORTO LATINO

  1. Juste un petit mot pour préciser que Sandra Nkaké prône la TOLERANCE et non pas l’intolérance (question n°5)
    Petite coquillette …
    Par ailleurs, très bon article
    Bien à vous

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