BENJAMIN PAULIN

Benjamin Paulin

Du rappeur assagi au chanteur à textes…

Après les Inrockuptibles, Télérama ou Causette, c’est à Pose Mag que Benjamin Paulin s’est confié pour nous parler de son parcours et de son dernier album 2, sorti il y a quelques jours.
Rappeur dans le groupe Puzzle puis en solo sous le nom Le Vrai Ben, c’est désormais dans un univers pop que Benjamin Paulin évolue. Cet artiste au parcours atypique, poète un peu désenchanté, connu pour ses phrases chocs et décapantes, s’offre un nouveau départ.
L’artiste apaisé, qui a voulu se mettre à nu, nous livre  un album construit comme un film où le scénario n’est autre que le fruit de son introspection.

Alors, Benjamin, c’est la première fois qu’on se rencontre mais l’homme post-moderne et ton rap m’avaient profondément touchée. Je suis intriguée de savoir comment s’est faite cette transition et pourquoi.

Cela faisait de nombreuses années que j’étais dans le milieu du hip hop, j’ai grandi et me suis construit dans cet univers. Et malgré nos succès d’estime et les bonnes appréciations des amateurs de rap je commençais à m’essouffler dans ce milieu. J’avais envie de sortir du microcosme du rap et de son carcan, de la prison que je m’étais créée.
Je voulais expérimenter de nouvelles choses et je ne voyais plus trop  mon avenir dans  le rap. Le passage du rap à l’univers pop s’est donc fait très naturellement finalement pour moi. Il y a tellement de moyens de s’exprimer musicalement et d’avancer dans la vie.  C’était le bon moment pour moi.

Ton premier album pop était une sorte de transition reliant ton nouvel et ton ancien univers musical. On avait l’impression que tu te cherchais encore. Comment as tu pensé et créé ce deuxième album qui est assez différent finalement ?

Oui, c’est vrai que pour le premier album pop, la construction s’était faite comme pour un album rap : j’étais parti de samples et des textes ; et les musiciens et le producteur/réalisateur étaient arrivés après.
Pour «2», ça a été différent et la façon dont il s’est fait est d’ailleurs très cohérente avec mon épanouissement, ma recherche personnelle. Ma culture musicale s’est construite et développée par le sample : grâce à la discothèque de mes parents, des vieux vinyles etc. Mais j’ai une culture musicale très éclatée qui va du rock des années 70, du jazz à la soul en passant par la funk et le hip hop.

En chansons françaises, j’aime beaucoup Gainsbourg et Ferré par exemple pour leurs textes, le côté menaçant, intrigant et mystérieux de leurs personnages. Donc je me suis inspiré de tout ça !

Dans cet album, une importance beaucoup plus grande est consacrée à la mélodie et  je voulais des textes moins frontaux, moins immédiats. J’ai voulu développé un espace de projection, de liberté, d’interprétation dans ces nouvelles chansons et les histoires qu’elles racontent. Que l’imaginaire de chacun soit stimulé !

Pourquoi ? Tu voulais rompre avec ton style et tes phrases si affûtées et touchantes ?

Non, ce n’est pas ça. Ce n’est pas que je voulais rompre avec mon style mais j’avais envie d’autre chose. D’évoluer finalement. Comme mon caractère et ma personnalité qui ont grandi.
Le cynisme et la nonchalance étaient devenus une protection. J’avais envie de sortir de mes automatismes d’écriture : Moins de phrases coup de poing, de dialogues à l’américaine. J’en avais marre d’être agressif ! Je me suis rendu compte que j’essayais de respecter un cahier des charges : des vannes là, des phrases choc ici, une touche de dérision …
Être un anti-héros peut devenir une facilité et j’avais de moins en moins envie d’avoir ce regard de jugement sur le monde et les gens.

Benjamin Paulin 2

Mais malgré tout, c’est toujours toi, ta vision des choses ?

Oui, bien entendu ! Comme je te disais, j’ai grandi, je me suis apaisé par rapport à des choses qui me révoltent et me mettent en colère. Mais il reste un fil rouge et  les aspects fondamentaux de ma personnalité.
Je reste quelqu’un d’un peu mélancolique et cela se ressent toujours dans mes chansons. Mais j’avais envie d’aller plus loin que ça, de sortir de mes réserves et de me dépasser pour trouver d’autres choses. Je voulais moins intellectualiser mes textes  notamment et que ce soit aussi un album divertissant et mélodieux.

Et justement, pour les chansons de ce nouvel album, quelles ont été tes inspirations ? Qu’avais-tu envie de raconter ?

Le scénario de départ, c’est le synopsis comme pour un film. Il y a une histoire générale, chaque chanson est une scénette du film mais qui n’ont pas forcément de liens si on les écoute séparément.
L’histoire est inspirée par le personnage auteur et le personnage interprète. C’est une vraie problématique. Etre auteur et interprète c’est quasiment opposé pour moi parce que lorsqu’on est auteur on se pose trop de questions, on réfléchit et on arrive plus à interpréter et à ressentir.

Il y a une vraie évolution dans ton style musical. Est ce que tu as travaillé un style particulier, une image pour ce nouvel album ?

Je voulais un style sobre pour ne pas trahir. L’esthétique est la plus épurée possible pour ne pas induire les gens en erreur. En France on a tendance à mettre les gens dans des cases, à les classer ou les identifier selon leur style vestimentaire. C’est assez différent du Japon ou de l’Angleterre ou il y a moins de formatage.
Je veux pouvoir m’adresser aux gens en évitant les clichés, surtout que pour mon premier album, j’avais eu quelques petits problèmes avec l’image dégagée. Là ou j’avais voulu faire une référence à Gainsbourg, certains y ont vu une référence à James Bond.
Tu vois le déserteur ? Et bien c’est un peu moi !  Je n’ai pas envie de choisir une famille ou un camp si tu préfères ! J’ai envie de pouvoir de m’adresser à tout le monde.

Comment qualifierais-tu ton nouvel album ?

C’est un album qu’on peut qualifier de pop si j’y réfléchis de manière instinctive. Je pourrais dire que c’est de la « chanson française » qui aurait évolué en prenant en compte différentes influences au fil des années. La basse et la rythmique sont très importantes pour moi. J’aime associer un coté brutal à un autre plus enveloppant, mixer des sonorités hip hop à d’autres plus acoustiques ou électro. J’ai beaucoup écouté des chansons des années 80 donc forcément  le synthé me touche aussi !
Et puis Frédéric Lo, qui s’est déjà occupé de Daniel Darc ou Pony Pony Run Run, a mis sa patte sur ce disque ! C’était très important pour moi. Il m’a vraiment accompagné et a su retranscrire mes envies de changements.

Et le premier clip dans tout ça ? J’imagine que tu y as prêté une attention particulière. Qu’est ce que tu avais envie de transmettre ?

Oui ! C’était important pour moi. On écoute aussi une chanson avec les yeux ! L’idée du clip  est donc partie de là. Je voulais que soient filmées des personnes en train de découvrir et d’écouter la chanson et de les voir réagir, vivre la chanson à leur manière. Ça prend une autre dimension, la musique est traduite de différentes façons.
Et puis, il faut donner envie aux gens de regarder la vidéo. Et c’est vrai que j’ai eu la chance d’avoir pour mon clip trois fabuleuses actrices qui ont aimé mon travail et se sont prêtées à ce jeu !

Alors, avec ce nouveau départ que peut-on te souhaiter pour l’avenir ?

J’espère que je vais toucher les gens ! J’ai hâte de pouvoir défendre mon album sur scène. J’ai plusieurs dates de prévues en France et à l’étranger notamment une en octobre au Divan du Monde. Ca va me permettre de lui donner une autre vie et de communiquer autre chose. Et puis vaincre ma timidité aussi !
Et surtout, j’ai envie de continuer à composer, à faire vivre ce disque et à me battre pour lui.

Album 2 (AZ-UNIVERSAL) disponible ici.
Maxi single disponible ici.

Site officiel : www.benjaminpaulin.com

Propos recueillis par Cécile Réaubourg

Credit photo : Fabrice Nourry

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