THE ARTIST

Michel Hazanavicius déclare sa flamme au cinéma muet.

Hollywood 1927. George Valentin est une vedette du cinéma muet à qui tout sourit. L’arrivée des films parlants va le faire sombrer dans l’oubli. Peppy Miller, jeune figurante, va elle, être propulsée au firmament des stars. Ce film raconte l’histoire de leurs destins croisés, ou comment la célébrité, l’orgueil et l’argent peuvent être autant d’obstacles à leur histoire d’amour.

Et si on faisait un film muet ?

A l’heure où le cinéma se tourne vers la 3D, comment arriver à convaincre une société de production de se lancer dans le pari d’un film muet ? Tel est le challenge du cinéaste français Michel Hazanavicius, l’homme derrière la caméra des deux longs métrages de la saga OSS 117.

L’idée de faire un film muet trottait déjà dans la tête du réalisateur depuis quelques années mais la direction de son scénario restait quelque peu floue. Au départ, Michel Hazanavicius orientait son histoire vers un film d’espionnage mais plusieurs éléments l’ont poussé à réviser son projet. Tout d’abord il reconnaît qu’il avait Jean Dujardin en tête lors de l’écriture du scénario mais il ne se voyait pas lui confier à nouveau un rôle d’agent secret qu’il venait d’interpréter à deux reprises face à sa caméra. D’autre part, le noir et blanc et l’absence de parole devait se justifier par l’histoire, ce qui n’était pas le cas dans l’hypothèse d’un film d’espionnage.

Michel Hazanavicius se tourna donc vers une comédie romantique mettant en scène le déclin d’une vedette du cinéma muet lors de l’arrivée des films parlants. The Artist est né.

En route vers les Oscars ?

Sur son affiche, le film se décrit comme « l’événement du 64ème Festival de Cannes ». Slogan mensongé ? Il en va de soit que non. The Artist a d’abord été annoncé comme faisant partie hors compétition de la sélection officielle du 64ème Festival de Cannes. Puis, seulement deux jours avant l’ouverture du festival et une semaine avant que le film soit achevé, le film intégra la compétition officielle. Lors de sa projection, les critiques furent unanimes : une réussite ! Magie du cinéma, amour de l’art, talent incroyable, The Artist est né sous une bonne étoile. Bravo, c’est grand ! (critique Filmosphère). The Artist est une franche réussite prouvant que l’audace, quand elle est mariée à l’intelligence et au talent, peut payer (critique Excessif).

Michel Hazanavicius et son équipe furent donc naturellement invités à revenir pour la cérémonie de clôture et Jean Dujardin repartit avec le prix d’interprétation masculine. Mais le succès du film va bien au-delà de ses espérances.

A en croire les premières rumeurs, la presse hollywoodienne en fait un concurrent sérieux pour la prochaine cérémonie des oscars. Harvey Weinstein, distributeur sur le sol américain du film, ira même jusqu’à déclarer dans un article récent article du Figaro : Je veux que The Artist, qui est un véritable chef-d’œuvre, fasse le grand chelem des récompenses du septième art exactement comme Marion Cotillard l’a fait avec La Môme. The Artist va concourir dans toutes les catégories des Oscars dont celui du meilleur acteur pour Jean Dujardin.

L’originalité du projet pourrait devenir son principal atout. Véritable hommage au cinéma hollywoodien, The Artist a toutes les chances de plaire aux votants de l’académie. Nul doute que le film soit taillé pour se voir décerner le privilège de pouvoir concourir au moins dans une des catégories des prochains Oscars. Jean Dujardin, Bérénice Béjo et Michel Hazanavicius ont accepté de mettre leur vie entre parenthèses jusqu’en février prochain afin de pouvoir consacrer une grande partie de leur temps à faire connaître le film, en participant notamment à de nombreuses interviews.

Mon avis ?

Débordant d’hommage et d’amour du cinéma hollywoodien, The Artist est une véritable merveille. Un pari fou qui en fait sans doute un des films les plus originaux et les plus réussis de l’année. En utilisant parfaitement les procédés cinématographiques d’hier et d’aujourd’hui, Hazanavicius s’approprie un véritable concept de mise en scène. Un total engagement du cinéaste qui croit en sa tentative et se donne les moyens de réussir.

Tel un film de Chaplin, le son apparaît ici comme une menace et hante les pas de George Valentin. Un silence néanmoins, d’une excellente qualité. Le choix du noir et blanc illumine de plein feu des acteurs tout simplement parfaits, avec en tête un Jean Dujardin au sommet de son art, dont les qualités à retransmettre des sentiments par le physique sont implacables.

Alors oui, le cinéma vit un réel tournant avec le passage à la 3D. Oui, réaliser un fil muet en noir et blanc, à une époque où cinéma rime avec argent, est un pari risqué. Mais lorsque la qualité est au rendez vous, ne peut-on pas dire que la folie peut être rentable ? The Artist est bien plus qu’un simple film muet. Il s’exprime par l’image et transporte le spectateur aux origines du cinéma, des prémices bien trop souvent oubliées.

Merci M. Hazanavicius et bravo l’artiste.

Benjamin Reignier

2 thoughts on “THE ARTIST

  1. Mériterait déjà un Oscar simplement par le fait d’avoir fait un film en total décalage avec les productions d’aujourd’hui.

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