MODUS POLITICUS

La politique et la mode peuvent-ils aller de pair en France ? C’est la question que l’on peut se poser lorsque l’on regarde avec attention le style des ministres à la sortie d’un Conseil des Ministres ou la tenue de certains élus lors de sorties publiques. Y-a-il une mode de gauche légère et une mode rigoriste de droite ?

Analyse de 4 grandes figures politiques, donc de 4 grands styles :

Nicolas Sarkozy

Comment combiner la plus haute fonction dirigeante de la République et un amour pour l’argent ? Tout simplement en agrémentant son costume italien croisé impeccablement taillé, noir au bleu marine, avec des accessoires voyants, à la limite de l’ostentation, qui en disent long sur la situation de son compte en banque : une large gourmette en or CARTIER, une montre ROLEX Daytona , des boutons de manchettes en argent massif DUNHILL. Parfois une cravate en pure soie HERMES avec des figures géométriques. La somme des éléments du vestiaire et de la bijouterie de Monsieur, listée précédemment est à imaginer en milliers d’euros. Et l’allure de Nicolas Sarkozy ne serait pas complète sans ses fétiches Ray-Ban aviateur aux verres effet miroir, qui vous disent « vous pouvez vous voir en moi » et ses mocassins vernis à glands. A bien analyser, le style Nicolas Sarkozy est à rapprocher du président du conseil italien Silvio Berlusconi : je suis petit homme mais mon look dit l’inverse. Mes centimètres manquants (ou mes neurones manquants) sont allégrement compensés par ce que vous voyez et tout ce qui brille.

Frédéric Mitterrand

Il est le ministre (de gauche) de la culture et de la communication donc ministre des arts et de la mode mais sommes nous vraiment sûrs de cela lorsqu’on le voit sortir vaillamment du conseil des ministres pantalon de tweed ou en velours oversize remonté par des bretelles jusqu’à la poitrine, la cravate coincée dans le pantalon et la veste mal assortie. Les chaussures sont usées. Ce qui est certain, c’est que M. Mitterrand n’applique pas les préceptes de ses amis créateurs Saint Laurent ou Rykiel pour sa personne. Sa garde-robe est triste à mourir, comme bloquée dans les années 60/70, des mites sur le col de la veste pied de poule. Mais au final, son allure nonchalante un peu voutée et son éternelle verve font que son style vestimentaire importe peu face à son intelligence et à sa jeunesse d’esprit.

Ségolène Royal

La reine du Poitou Charentes à défaut d’être celle du P.S, a compris au moment de sa candidature à la présidentielle de 2007, qu’elle ne pouvait plus porter la queue de cheval, sortir sans maquillage et surtout s’habiller comme dans les années 90. Après un stylisme prodigué par la marque PAULE KA, voilà « La Royal » comme on dirait ça d’une de ses profs au collège, avec une allure à la fois classique et moderne. Le chic à la française. Tailleur veste/pantalon ou veste /jupe de préférence de couleur claire ; des talons ni trop hauts (les talons aiguilles sont pour Nadine Morano) ni trop bas (les ballerines sont pour les courtisanes du président). Et des accessoires discrets. Ses tenues reflètent enfin son caractère : libre et … moralisatrice. Parfois même elle n’hésite pas à tomber la veste et à raccourcir la jupe selon pour charmer l’auditoire auquel elle s’adresse. Des tailleurs beiges ou marrons /chemise blanche pour les grands meetings, une longue tunique bleue et pantalon blanc pour la journée de la fraternité et enfin des tenues colorées débardeur/pantalon en lin pour les universités d’été du PS à la Rochelle. Un vrai caméléon royal cette femme.

Roselyne Bachelot

Le style des ministres femmes du gouvernement est à classer en 2 catégories : les classiques et distinguées et les voyantes. Dans la première catégorie, je mettrais les ministres (ou secrétaires d’état) qui ne font pas d’étincelles avec leur look mais qui arrivent cependant à avoir une allure simple, jeune et chic : Fadela Amara, Rama Yade, NKM en première ligne. Ce sont des femmes actives, libres en phase avec leur époque.

La seconde catégorie est celles des ministres qui vous électrisent ou vous font trépasser, rien qu’à regarder leur tenue : Nadine Morano et bien sûr Roselyne Bachelot. Nadine Morano a peut-être le style le plus inqualifiable des ministres. N’ayant aucune conscience du bon goût, elle est capable du pire : le mélange d’imprimés animaux (léopard, zèbre, vache), à la dentelle et au cuir avec des harmonies de couleurs tout droit sorti d’une braderie. Et le meilleur alors ? Un tailleur cintré gris irréprochable et un manteau 3/4 beige en laine. Elle a du faire appel à une styliste. Roselyne Bachelot est la quintessence de la ministre voyante et exubérante, bien que son maroquin de Ministre de la Santé l’ait contraint à faire quelques concessions vestimentaires ces derniers mois. Une ministre de la Santé habillée comme un bonbon tendre rose (fuchsia) qui annonce gravement que la France va devoir faire face à une épidémie de grippe A sans précédent, ca serait bien mal vu. Ah bon ? C’est bien dommage de contraindre le bel oiseau coloré et chantant à devenir une pie. Reste le souvenir des tenues exquises de Rosy : les tailleurs roses, bleus électrique, jaunes, les petits foulards assortis, les joggings moulants. Et même l’impardonnable, les CROCS.

Au final, La mode (dans le sens manière de se vêtir) pour les politiques se révèle un moyen de communication important, en totale adéquation avec notre société actuelle reposant sur l’image. Leur style permet de mettre en avant et de refléter leur tempérament, leurs idées, leurs ambitions sans parfois même parler. Souvent de manière travaillée et calibrée. Parfois de manière inconsciente.

Julien Zimmermann

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