UN PETIT SOURIRE FLOU

Aujourd’hui, Pose Mag a eu envie de s’intéresser aux technologies. Mais pour ne pas faire comme tous le monde en présentant simplement les dernières nouveautés, souvent bien trop chères pour notre portefeuille, et qui sont souvent aussi trop rapidement obsolètes, notre choix s’est porté sur une pratique photographique ancienne, mais qui continue de fédérer de plus en plus d’adeptes, les « lomomaniacs ».

La lomographie remonte en effet aux années 1980. C’est une marque déposée par une société autrichienne. Elle est à l’origine d’un mouvement photographique lo-fi (lomographie), qui tire son nom de l’appareil Lomo LC-A. Cet appareil est un simple compact avec un objectif fixe de 32 mm, produit depuis 1983 en Russie. En 1991, deux étudiants autrichiens, spécialisés en marketing, découvrent l’appareil sur un marché aux puces de Prague. La production avait alors cessé. Les deux jeunes sentent alors le potentiel commercial des images produites et fondent la Lomographishe AG en 1992. Ils vont ensuite réussir à faire redémarrer la production et le succès commercial sera au rendez-vous, comme ils l’avaient prévu.

D’autres appareils vont suivre et seront construits et vendus à bas prix dans des anciens pays soviétiques ou en Chine, puis rachetés et commercialisés sous la marque Lomography. Mais la société se lance également dans la production de nouveaux appareils.
Au sujet des appareils justement, il faut savoir que chacun a ses particularités. C’est aussi cela qui donne à la lomographie un aspect addictif, car une fois que l’on en a essayé un et que l’on y adhère, on a forcément envie de tester un nouveau.
Le Holga 120 par exemple, est un appareil mythique, dans la lignée du Lomo LC-A. Le plus gros défaut de l’appareil, mais qui paradoxalement en fait sa plus grande qualité, est le fait que le boitier laisse passer la lumière, chaque photo est donc totalement imprévisible.
Le Diana est l’appareil vintage par excellence. Il est fabriqué en Chine depuis les années 1960. Au programme, vignettage (assombrissement de la périphérie de l’image), fuites de lumière, image déformée, contraste faible… Autant dire qu’il ne doit surtout pas se retrouver dans les mains d’un photographe puriste. A savoir également que la boutique Colette en propose une version inédite, aux couleurs de la marque.
L’ActionSampler est quant à lui un appareil qui permet de prendre plusieurs clichés sur la même photo. L’intérêt est de choisir des sujets en mouvement, pour pouvoir les décomposer. Dans la même lignée, on a le Pop 9, qui produit en un shoot 9 clichés identiques, avec donc un aspect « warholisant ».
On retrouve aussi le Colorsplash, qui propose 12 filtres colorés. Et enfin, on pourra citer le Fisheye, doté d’un objectif avec un champ de 170° et une ouverture faible, qui permet d’avoir une profondeur de champ importante.

En ce qui concerne les prix, les premiers appareils sont proposés à 40 euros, mais les prix augmentent rapidement, sans oublier qu’il faut prendre en compte le coût des tirages.
Les images produites par les appareils de lomographie ne sont pas vraiment de bonne qualité, mais ce défaut représente en fait tout ce qui fait le charme de cette pratique. C’est d’ailleurs l’aspect essentiel revendiqué par les adeptes, et par ricochet, par ses détracteurs. Les utilisateurs utilisent tous ces défauts et se libèrent de tous les canons photographiques, puisqu’ils ne se soucient pas du cadrage, de la lumière…

Certains y verront un simple phénomène de mode, une pratique « bobo », une stratégie marketing pour faire dépenser les amateurs de photographie… D’autres diront que la plupart des effets peuvent être réalisés grâce à des logiciels de retouche photographique, qu’avec cette pratique, chaque photo ratée peut soit disant avoir un intérêt. Mais ce n’est hélas pas si simple. L’intérêt de la lomographie c’est la beauté et l’originalité des appareils. Mais la pratique de l’argentique réserve aussi beaucoup de surprises, surtout quand on utilise certains appareils qui n’ont tout simplement pas de viseur. C’est tout cela qui donne une toute autre dimension à la photographie, bien loin de l’univers du numérique que nous connaissons tous si bien désormais.

Enrique Lemercier

credit photo : Corentin Baeumler

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